La mort de Jojo, un grand tétras mâle retrouvé grièvement blessé sur le domaine skiable des Angles, dans les Pyrénées-Orientales, a provoqué une vive émotion. L’oiseau n’a pas survécu à ses blessures après une probable collision avec un câble de remontée mécanique. Au-delà du destin de cet individu emblématique, l’affaire rappelle une problématique ancienne. Dans plusieurs massifs français, les infrastructures touristiques de montagne constituent encore un danger pour cette espèce protégée, dont les populations restent fragiles.
La mort de Jojo relance le débat
Jojo était connu de nombreux passionnés de nature. Ce grand tétras mâle fréquentait les hauteurs du Roc d’Aude, sur la commune des Angles. Le 24 mai dernier, il a été découvert au pied d’un téléski avec de graves blessures. Malgré sa prise en charge par les services compétents et son transfert vers un centre de sauvegarde La Charbonnière, il est mort quelques jours plus tard.
Selon les premiers éléments, l’oiseau aurait percuté un câble de remontée mécanique. Ce type d’accident est malheureusement bien connu des spécialistes de la faune montagnarde. Les grands tétras évoluent souvent à faible hauteur entre les arbres ou lors de vols rapides. Dans certaines conditions de lumière ou de brouillard, les câbles deviennent difficiles à distinguer. Le risque de collision augmente alors fortement.
L’émotion suscitée par la disparition de Jojo dépasse donc le simple fait divers. Elle met en lumière les difficultés persistantes de cohabitation entre les activités humaines et une espèce particulièrement vulnérable.
Les remontées mécaniques, un danger identifié depuis longtemps
Les collisions avec les câbles figurent parmi les causes de mortalité recensées chez le grand tétras. D’autres oiseaux de montagne sont également concernés, notamment les lagopèdes et les tétras-lyres. Depuis plusieurs années, des gestionnaires de domaines skiables installent des dispositifs de visualisation. Ces équipements permettent de rendre les câbles plus visibles pour les oiseaux. Spirales, balises ou réflecteurs sont ainsi utilisés dans certaines stations.
Cependant, tous les secteurs sensibles ne sont pas encore équipés. Les associations naturalistes réclament régulièrement un renforcement de ces mesures. Elles demandent également une meilleure prise en compte des zones de présence du grand tétras lors des projets d’aménagement. La question est particulièrement complexe. Les stations de montagne jouent un rôle économique majeur pour de nombreux territoires. Dans le même temps, elles se développent au cœur d’espaces naturels qui abritent une biodiversité remarquable.
Trouver un équilibre entre préservation de la faune et activité touristique constitue donc un défi permanent.

Une espèce sensible aux dérangements humains
Les collisions ne représentent qu’une partie des menaces. Le grand tétras souffre également de la fragmentation de son habitat. Les infrastructures touristiques, les pistes forestières et l’urbanisation peuvent isoler certaines populations. Le dérangement humain constitue un autre facteur important ( voir notre article). En hiver, les oiseaux doivent économiser leurs réserves énergétiques. Des passages répétés de randonneurs, de skieurs ou de pratiquants de raquettes peuvent provoquer des envols coûteux en énergie. Le changement climatique ajoute une pression supplémentaire. L’évolution des forêts de montagne modifie progressivement les habitats favorables à l’espèce.
Pour les gestionnaires d’espaces naturels, la protection du grand tétras nécessite donc une approche globale. Celle-ci doit intégrer la gestion forestière, les activités de loisirs et les aménagements touristiques.
Des populations fragiles dans plusieurs massifs français
Le problème ne concerne pas uniquement les Pyrénées. Le grand tétras est présent dans plusieurs massifs français. On le retrouve notamment dans les Pyrénées, le Jura et les Vosges. Les effectifs les plus importants se concentrent aujourd’hui dans les Pyrénées.
Dans les Vosges, la situation est particulièrement préoccupante. La population a connu un déclin spectaculaire au cours des dernières décennies. L’espèce y fait l’objet de programmes de conservation spécifiques. Dans le Jura, les effectifs restent également sous surveillance. Les acteurs locaux multiplient les actions pour préserver les zones favorables et limiter les perturbations.
Partout, le constat est le même. Le grand tétras demeure un indicateur de la qualité des forêts de montagne. Sa présence témoigne d’écosystèmes encore fonctionnels.