Sur une pelouse baignée de soleil, les pâquerettes ouvrent largement leurs petits pétales blancs autour d’un cœur jaune lumineux. Puis, en fin de journée ou quand le ciel se couvre, ces mêmes fleurs se referment, comme si elles allaient dormir. Beaucoup de jardiniers se posent la question : simple caprice ou véritable stratégie des plantes ?
Derrière cette scène familière se cache en réalité tout un mécanisme finement réglé. La pâquerette, ou Bellis perennis, n’est pas seulement une jolie fleur de gazon : c’est une plante qui réagit en permanence à la lumière, à l’humidité et à la température. Comprendre pourquoi les pâquerettes se ferment la nuit permet de mieux observer son jardin, et même d’y voir une petite station météo naturelle.
Pâquerette Bellis perennis : une petite fleur qui suit le rythme du jour et de la nuit
Très commune dans les pelouses, cette astéracée basse forme des touffes de 5 à 20 cm qui fleurissent surtout de mars à novembre, parfois presque toute l’année lorsque l’hiver reste doux. « La pâquerette est une fleur emblématique du printemps. Elle symbolise le renouveau et la joie de vivre. Souvent associée aux fêtes pascales, elle est appréciée pour sa simplicité et sa beauté », rappelle le ministère de l’Agriculture sur son site. On la retrouve aussi sous le nom anglais de daisy.
Ses « fleurs » sont en réalité des capitules composés d’une multitude de petites fleurs serrées. C’est ce capitule qui s’ouvre et se ferme selon les moments de la journée. « La fermeture la nuit des pétales de certaines fleurs est un mécanisme de protection de ce qu’elles ont de plus précieux : leurs organes reproductifs. Ainsi à l’abri, étamines, pollen et pistils sont mieux préservés du froid et de l’humidité nocturne », explique le site Futura-Sciences. Chez la pâquerette, le même réflexe se produit aussi quand l’air devient très humide, juste avant la pluie.
Nyctinastie des pâquerettes : ce qui se passe quand la fleur se ferme
Ce mouvement d’ouverture le jour et de fermeture la nuit porte un nom : la nyctinastie, que les botanistes rangent parmi les mouvements de veille et de sommeil des plantes. « Le mouvement de fermeture des pétales, mais aussi des feuilles chez certaines espèces , fait partie de ce que l’on appelle les mouvements de veille et de sommeil , ou encore nyctinastie . » Contrairement au tournesol qui oriente sa tête vers le soleil, il ne s’agit pas d’un changement de direction, mais bien d’un pétale qui se courbe grâce à des cellules spécialisées.
Sur le plan microscopique, tout commence par un signal. « Contrôlée à la fois par la variation de lumière , par la température et parfois par un rythme biologique interne, la concentration en ions calcium Ca²⁺ des cellules se modifie. Cette modification entraîne un changement de pression osmotique et donc de turgescence des cellules. Comme ce changement est inégal entre la face inférieure et la face supérieure du pétale ou de la feuille, il provoque une déformation qui aboutit à la fermeture de l’organe végétal. » « Au matin, les stimuli antagonistes inversent le processus et la fleur s’ouvre à nouveau. » La pâquerette suit ainsi un véritable rythme circadien, réglé sur l’alternance jour-nuit.
Observer pourquoi les pâquerettes se ferment la nuit dans votre propre jardin
Si la pâquerette prend la peine de refermer ses ligules blanches, c’est d’abord pour protéger ses organes reproducteurs. Le pollen et le pistil restent à l’abri des gouttes de pluie, de la rosée froide et des variations brutales de température. En se montrant surtout lorsque les insectes diurnes (abeilles, papillons) sont actifs, la fleur augmente ses chances de pollinisation. La fermeture limite aussi les pertes d’eau et les dégâts causés par certains visiteurs nocturnes peu utiles à la reproduction.
Ce « coucher » des pâquerettes se repère très bien au jardin et peut devenir une petite expérience scientifique à faire en famille. Choisissez un coin de pelouse avec beaucoup de capitules, puis observez leur ouverture en fonction de la météo, de l’heure et de la lumière. Pour structurer l’observation, vous pouvez :
- noter matin, midi et soir si les capitules sont ouverts, à moitié ouverts ou fermés ;
- indiquer pour chaque relevé la météo (soleil, nuages, pluie annoncée) et la température approximative ;
- répéter ces mesures sur plusieurs jours pour repérer les liens entre fermeture, nuit et arrivée de la pluie.