Lièvre variable et lagopède alpin : le climat menace les espèces emblématiques des Alpes

Le lièvre variable pourrait progressivement disparaître de certains massifs alpins. C’est l’un des constats alarmants d’une vaste étude menée par l’OFB ( étude téléchargeable à ce lien ). Le réchauffement climatique, la raréfaction de la neige et la fréquentation humaine fragilisent fortement le lièvre variable et le lagopède alpin, deux espèces emblématiques des montagnes françaises.

Le lièvre variable et le lagopède alpin perdent progressivement son territoire

Le lièvre variable et le lagopède alpin vivent dans les zones les plus froides des Alpes. Depuis des milliers d’années, ces espèces se sont adaptées à la neige et aux températures extrêmes. Leur morphologie témoigne de cette spécialisation. Le lièvre variable possède un pelage épais et des oreilles courtes. Le lagopède alpin, lui, dispose de pattes couvertes de plumes qui agissent comme des raquettes naturelles.

Mais aujourd’hui, leur environnement change brutalement. Dans les Alpes françaises, les températures ont augmenté d’environ 2 °C au cours du XXe siècle. En parallèle, l’enneigement diminue fortement. Les chercheurs rappellent que les Alpes ont perdu près d’un mois de couverture neigeuse en cinquante ans.

Conséquence directe : les habitats favorables remontent vers les sommets. Pourtant, plus les animaux montent en altitude, plus leur territoire se réduit. Les populations deviennent alors isolées sur de petits secteurs de montagne. À terme, cette fragmentation pourrait fragiliser durablement les effectifs.

Le réchauffement climatique bouleverse leur survie

Le changement climatique provoque déjà des scènes inhabituelles. Certains lagopèdes alpins ont été observés haletants pendant les fortes chaleurs estivales. D’autres cherchent refuge dans la neige restante pour tenter de se refroidir. Le camouflage naturel devient également moins efficace. En hiver, le lièvre variable et le lagopède prennent une couleur blanche pour se fondre dans la neige. Désormais, il arrive fréquemment que ces animaux restent blancs alors que le sol est déjà brun ou rocheux. Ils deviennent alors beaucoup plus visibles face aux prédateurs.

Par ailleurs, les chercheurs observent une fragmentation génétique des populations. Les travaux menés dans les Alpes montrent déjà une séparation entre les populations du nord et du sud du massif. Celle du Mercantour apparaît particulièrement isolée. Selon les scientifiques, cette situation pourrait limiter les échanges entre individus et augmenter les risques de consanguinité dans les années à venir.

lievre de montagne lepus timidus

Pression humaine et activités de montagne inquiètent les chercheurs

Le climat n’est pas la seule menace. La fréquentation touristique des montagnes progresse elle aussi rapidement. Domaines skiables, randonnées estivales, routes d’altitude ou activités sportives perturbent des espèces déjà fragilisées. L’étude souligne notamment les effets du dérangement hivernal sur le lagopède alpin. Le stress répété peut affaiblir les oiseaux et perturber leur reproduction. Les infrastructures de montagne contribuent également à réduire et fragmenter les habitats favorables.

Les chercheurs évoquent aussi la chasse, encore autorisée dans plusieurs départements alpins à l’heure où il rédigeaient cet étude. Même encadrée, cette activité représente une pression supplémentaire sur des populations sensibles. Depuis la ministre de l’environnement a décidé de retirer le lagopède des espèces chassables ( voir notre article).

Face à cette situation, le programme POIA déploie désormais de nouveaux outils de suivi. Analyses génétiques, pièges photographiques, balises GPS et suivis acoustiques permettent d’améliorer les connaissances sur ces espèces discrètes. L’objectif est clair : mieux protéger le lièvre variable et le lagopède alpin avant que leur déclin ne devienne irréversible.