Sur plus de mille échantillons de fourrage pour cerfs analysés dans 25 États par une équipe de l’Université du Tennessee, un constat frappe : la plupart des plantes que broutent les cervidés ne couvrent pas leurs besoins en nutriments. Une biche allaitante avec jumeaux a besoin d’au moins 14 % de protéines brutes, 0,3 % de phosphore et 0,34 % de calcium, ce que peu de territoires offrent sur toute la belle saison.
Les chercheurs ont montré que seules les plantes herbacées à larges feuilles, appelées forbs, atteignent ces seuils pendant la croissance. Dans une étude menée avec le Dr Craig Harper à l’Université du Tennessee sur 131 espèces, les jeunes forbs affichaient en moyenne 18,6 % de protéines et 0,28 % de phosphore, loin devant les feuilles d’arbres et d’arbustes. Et bonne nouvelle : on peut favoriser ces plantes chez soi presque sans budget.
Pourquoi les forbs sont la plante la plus nutritive pour les cerfs
Pendant cette recherche, les jeunes feuilles de forbs apportaient assez de protéines dans 73 % des échantillons et assez de phosphore dans 39,7 % des cas. Les jeunes feuilles de plantes ligneuses ne montaient qu’à 11,7 % de protéines et 0,15 % de phosphore, avec seulement 11,8 % et 3,9 % des échantillons au-dessus des seuils nutritionnels.
Pour les auteurs de l’Université du Tennessee, « Ces données montrent clairement que les forbs sont le seul type de plante qui répond systématiquement aux demandes nutritionnelles des cerfs ». Des espèces comme l’herbe à cheval, avec plus de 17 % de protéines et 0,37 % de phosphore, ou l’herbe à poux commune, à plus de 18 % de protéines et 0,32 % de phosphore, en sont de bons exemples.
Comment cultiver les forbs sur votre territoire de chasse
Dans les zones ouvertes, les chercheurs tuaient d’abord les graminées non indigènes avec un herbicide, puis appliquaient un feu dirigé ou un travail du sol léger pour déclencher une vague de forbs. Ils insistent sur des perturbations fréquentes, car beaucoup de ces plantes sont annuelles et disparaissent vite. Des parcelles laissées plus de deux ans sans intervention deviennent dominées par des végétaux ligneux pauvres en nutriments.
Sur un territoire français, le principe reste le même, même sans feu : alternance de fauche tardive, bandes non broyées, légers coups de cultivateur dans les friches. En forêt, quelques éclaircies pour atteindre au moins 30 % de lumière au sol suffisent à réveiller un tapis de plantes herbacées pour nourrir les cerfs là où l’on voyait surtout des ronces et des jeunes troncs.
Trèfle, forbs et nourrissage : la combinaison gagnante pour les cerfs
Pour compléter ces forbs sauvages, les guides nord-américains recommandent surtout le trèfle blanc en parcelle alimentaire : très riche en protéines, souvent au-dessus de 16 %, il repousse après le broutage et reste productif plusieurs années sur un sol bien préparé. Une synthèse citant les travaux du Dr Marcus Lashley et de Jordan Nanney résume le débat : « L’alimentation est une stratégie inefficace par rapport à la promotion des fourrages natifs pour cerfs », après avoir montré qu’elle coûtait 27 fois plus cher qu’un feu prescrit pour un même volume de fourrage.