Ce conifère de l’ère des dinosaures fructifie chez deux retraités anglais… et pourrait sauver son espèce

Dans un jardin anglais apparemment ordinaire, un conifère venu de l’ère des dinosaures, que l’on pensait disparu depuis 90 millions d’années, vient de produire des fruits pour la première fois. Longtemps connu seulement par des fossiles du Crétacé, ce survivant n’existe plus à l’état sauvage qu’en moins d’une centaine d’exemplaires cachés dans un canyon du parc national de Wollemi, en Australie, sous haute protection. Les incendies géants de 2019-2020 ont été si menaçants que les autorités australiennes ont mobilisé hélicoptères et pompiers pour arroser la gorge et sauver ces arbres. Ce rescapé, aujourd’hui cultivé jusque dans des jardins privés, porte un nom : le pin de Wollemi, souvent surnommé « arbre dinosaure ».

C’est un de ces pins de Wollemi qui a fructifié dans le jardin de Pamela et Alistair Thompson, deux retraités de Wichenford, dans le Worcestershire, au Royaume-Uni. Le couple a planté ce conifère en 2010, via un programme de conservation qui proposait aux particuliers d’acheter un jeune arbre pour aider à la sauvegarde de l’espèce. « Ce serait incroyable, absolument incroyable, d’avoir des semis et de pouvoir propager l’un des arbres les plus rares au monde », s’enthousiasme Pamela Thompson, ancienne policière de 75 ans, pour le quotidien britannique The Telegraph. Son mari, Alistair Thompson, ancien chirurgien spécialiste de la colonne vertébrale, partage son espoir : « Ce que nous espérons vraiment plus tard dans l’année, c’est pouvoir récolter et faire germer quelques graines. Ce serait formidable, mais il faudra attendre et voir. »

Dans le jardin des Thompson, l’arbre dinosaure devient espoir vivant

Lorsque leur pin de Wollemi a produit pour la première fois des cônes femelles, en plus des cônes mâles déjà observés, les Thompson ont compris qu’une étape décisive venait d’être franchie. Pour la première fois, une reproduction sexuée naturelle de cet arbre dinosaure devient possible dans un jardin privé, loin de l’Australie. Leur terrain sera exceptionnellement ouvert au public le 4 mai, dans le cadre du National Garden Scheme, afin de permettre aux visiteurs d’admirer ce témoin de l’ère des dinosaures au milieu d’un jardin de campagne.

Jusqu’ici, la survie du pin de Wollemi hors de son site d’origine reposait presque uniquement sur le clonage par boutures. Les individus cultivés sont donc très semblables génétiquement, ce qui les rend vulnérables aux mêmes maladies ou aux effets du changement climatique. Si les graines du jardin anglais germent, elles apporteront un mélange de gènes inédit, précieux pour renforcer la résilience de l’espèce.

Pin de Wollemi : un fossile vivant découvert en 1994

Le Wollemia nobilis n’a été redécouvert qu’en 1994, quand le garde forestier australien David Noble a repéré, dans un canyon reculé du parc national de Wollemi, un groupe de conifères inconnus. Les botanistes ont alors rapproché cet arbre des fossiles du Crétacé et montré qu’il pouvait atteindre 40 mètres de haut, avec un feuillage en spirale et une écorce brune au toucher moelleux, comparée à « de la mousse au chocolat ». L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) classe aujourd’hui l’espèce « en danger critique ».

Face à cette extrême rareté, les autorités australiennes gardent secrète la localisation exacte de la population sauvage. Le Muséum national d’Histoire naturelle explique que des plants ont été diffusés dans des jardins botaniques du monde entier, de Kew Gardens à Londres au Jardin des Plantes de Paris, pour créer une sorte d’archive vivante. Le magazine Hortus Focus rappelle que les feux de brousse de 2019-2020 ont montré combien cette stratégie de dispersion mondiale peut servir d’assurance-vie pour l’espèce.

De quelques graines anglaises à la sauvegarde mondiale de l’espèce

La fructification du pin de Wollemi des Thompson ouvre une nouvelle étape pour la conservation. Quand un arbre se reproduit par graines, chaque plantule issue de cette reproduction sexuée porte une combinaison génétique unique, là où le clonage produit des copies quasi parfaites. Pour une espèce aussi menacée, cette diversité génétique supplémentaire peut faire la différence face à un nouveau pathogène ou à des canicules plus fréquentes.

Pour le lecteur français, l’histoire ne reste pas abstraite. Il est possible d’observer des pins de Wollemi dans certains jardins botaniques, notamment au Jardin des Plantes de Paris, et d’acheter un jeune arbre auprès de pépinières impliquées dans des programmes de conservation. Adopter ce conifère préhistorique demande de la patience et un climat adapté, mais transforme aussi un simple jardin en petit refuge de biodiversité, aux côtés de ces retraités anglais devenus, presque par surprise, gardiens d’une espèce venue du temps des dinosaures.

Sources