Coin nord au pied de la haie, dessous d’arbre impossible à fleurir, côté ombragé de la maison… Beaucoup de jardins ont ces zones laissées en friche, jugées trop sombres pour intéresser qui que ce soit. Pourtant, bien choisies, des plantes d’ombre peuvent y former un refuge frais et protégé, où abeilles, papillons et colibris viennent butiner loin de la chaleur écrasante.
Pour transformer ces coins délaissés en paradis pour pollinisateurs, tout se joue sur le choix des fleurs. Les colibris repèrent très bien les teintes chaudes et les corolles en forme de tube, les papillons se dirigent vers les couleurs vives, tandis que les abeilles distinguent surtout les bleus et violets. En étalant les floraisons du cœur de l’hiver à l’automne, le jardin reste animé sans interruption.
Pourquoi les plantes d’ombre plaisent tant aux pollinisateurs
Les premiers visiteurs arrivent parfois alors que le jardin semble encore nu. Les roses de carême (Helleborus spp.) ouvrent leurs coupes dès la fin de l’hiver et fournissent l’un des tout premiers nectars aux abeilles et aux colibris. À la même période, le viburnum ‘Dawn’ (Viburnum × bodnantense) et le daphné odorant (Daphne odora) embaument la mi-ombre, pendant que le phlox des bois (Phlox divaricata) dessine un tapis pastel très prisé des papillons.
Puis d’autres vivaces prennent le relais à l’ombre claire. Le cœur de Marie (Lamprocapnos spectabilis) aligne ses petits cœurs rose vif qui attirent colibris et papillons, tandis que les foamy bells (× Heucherella) dressent au-dessus de leur feuillage des épis de fleurettes crème ou roses, très nectarifères. Pour tapisser un sous-bois, l’iris nain (Iris cristata), le sceau de Salomon panaché (Polygonatum odoratum ‘Variegatum’) et les hostas offrent clochettes et tubes appréciés des pollinisateurs.
21 plantes d’ombre pour un jardin plein de vie
Pour les amateurs de fleurs en trompette, plusieurs espèces d’ombre misent sur le rouge et le rose. La lobélie cardinale (Lobelia cardinalis), la turtlehead rouge (Chelone obliqua) et le buckeye rouge (Aesculus pavia) portent des épis de tubes écarlates que les colibris repèrent de loin. En massifs ou en suspensions, la torénia (Torenia fournieri), la mauve en arbre Turk’s cap (Malvaviscus arboreus var. drummondii) et le lis crapaud (Tricyrtis formosana) assurent un nectar continu tout l’été.
Les arbustes structurent le décor tout en nourrissant une foule d’insectes. L’azalée flamme (Rhododendron calendulaceum) et les autres rhododendrons (Rhododendron spp.) portent au printemps de grands bouquets en entonnoir, très visités par colibris, papillons et abeilles spécialisées. L’hortensia à fleurs plates ‘Invincibelle Lace’ (Hydrangea arborescens subsp. radiata) offre de larges ombelles riches en nectar, tandis que l’arbre de Judée d’Amérique (Cercis canadensis) forme un petit arbre d’ombre dont la floraison rose attire de nombreux pollinisateurs.
Composer un massif d’ombre attractif toute l’année
Pour que la table reste dressée jusqu’aux premiers froids, quelques vivaces d’ombre prennent le relais. L’anémone du Japon (Anemone × hybrida) ouvre de grandes coupes simples de la fin de l’été à l’automne, pleines de nectar pour abeilles, papillons et colibris, puis laisse des têtes de graines cotonneuses dont les oiseaux-mouches tapissent leurs nids. Le leopard plant (Farfugium japonicum), lui, préfère franchement l’ombre et, en automne-hiver, ses marguerites jaunes attirent abeilles et papillons ; ses graines duveteuses servent aussi de matériau de nidification, même si les colibris ne le pollinisent pas souvent.
Pour passer à l’action rapidement, pensez en petits groupes plutôt qu’en plantes isolées : sous un arbre clair, mariez roses de carême, phlox des bois et sceau de Salomon panaché ; en bordure fraîche, combinez cœur de Marie, hostas et foamy bells ; en zone humide, installez lobélie cardinale, turtlehead rouge et lis crapaud.