Dans les jardins du Colorado, un détail intrigue : partout reviennent les mêmes auges rugueuses, gris pierre ou rouge rosé, serrées de plantes miniatures. Quand on demande qui les fabrique, la réponse est toujours la même : « Oh, c’est Domenique Turnbull qui fait ça », rapporte le blog Digging. Ces bacs en ciment allégé sont devenus une signature discrète de l’esthétique locale.
Le 5 juin 2026, une journaliste de Digging est allée voir l’homme derrière ces auges, à Green Mountain Falls, village accroché au Front Range à environ deux heures au sud de Denver. Là, contre la pente boisée, elle a découvert un véritable royaume : un terrain presque entièrement sculpté en jardin de crevasses, où la pierre domine et les plantes se nichent dans chaque faille.
Comment le jardin de crevasses de Domenique Turnbull s’est bâti autour de l’hypertufa
Avant d’aménager ce paysage minéral, Domenique Turnbull s’est fait connaître comme maître de l’hypertufa, mélange de ciment, tourbe et gravier qui imite le tuf et supporte le gel. Pendant des années, il a moulé des auges de toutes tailles et les a vendues lors d’événements de jardinage et de ventes de plantes à travers le Colorado, prisées des amateurs de jardins secs et de plantes alpines.
Autour de sa maison rouge à ossature apparente, il a ensuite multiplié les jardins de crevasses. Au moins sept massifs différents structurent le terrain : un jardin de style tchèque aux dalles dressées très serrées, une rocaille de grès rouge piquetée de cactus, un vaste ensemble de galets gris façon lit de rivière, et le plus ancien massif qui ondule le long de la route, devant la montagne.
Visite guidée du royaume de crevasses de Green Mountain Falls
Le “jardin de crevasses tchèque” attire d’abord le regard. Les pierres y sont plantées presque à la verticale, espacées de quelques centimètres seulement, créant des fentes profondes où s’enracinent campanules, petites saxifrages et autres vivaces tapissantes. Le profil reste bas, comme un tapis ondulé de roche et de fleurs, parfaitement adapté au vent, au soleil intense et aux hivers rigoureux du Front Range.
Plus spectaculaire encore, une tour de tuf haute d’environ 1,80 m, que Domenique décrit comme un mur de tuf, domine une partie du jardin. Il perce de petites alvéoles directement dans la roche, sans ajouter de terre, puis y glisse de minuscules plantes alpines et même un pin posé au sommet. Des morceaux de grillage protègent les jeunes sujets, et une irrigation quotidienne maintient en vie ce jardin littéralement planté dans la pierre.
Ce que le jardin de crevasses de Domenique Turnbull inspire aux jardiniers français
Plus loin, un massif composé de morceaux de béton cassé montre qu’un paysage de crevasses peut naître de matériaux très ordinaires. Ce “urbanite” recyclé, qu’il préfère empiler plutôt que d’envoyer en décharge, fonctionne comme de la roche et offre les mêmes fentes étroites pour les racines. Derrière la maison, des rangées d’augues remplies de cactus et de petites vivaces prolongent le décor minéral jusque contre les murs.
Le clou du jardin reste le “jardin d’augues” au bout de l’allée, où une collection de bacs en hypertufa, parfois aussi longs qu’une banquette et agrémentés de troncs, compose autant de montagnes miniatures. Domenique surélève nombre de ses bacs sur des tuyaux ou des dalles pour les mettre à hauteur des yeux et éviter que l’hypertufa ne gèle collé au sol. De ce royaume de jardin de crevasses, les jardiniers français peuvent tirer quelques idées simples :
- oser une auge de vivaces alpines ;
- réutiliser béton cassé ou pierres pour les failles ;
- planter quelques blocs verticaux pour varier les expositions.