Pluie, chaleur… Faut-il déjà traiter les tomates contre le mildiou ?

Entre les averses de la semaine passée, le grand soleil du week-end et la chaleur qui grimpe aujourd’hui, des jardiniers regardent leurs tomates avec anxiété. Ce temps humide puis lourd ressemble au scénario idéal pour voir réapparaître le mildiou des tomates, ce champignon qui peut ruiner une récolte en quelques jours. Faut-il pour autant sortir d’urgence la bouillie bordelaise dès que pluie et chaleur s’installent ?

Pour y voir clair, un chercheur qui est aussi jardinier a accepté de partager son regard. Denis Thiéry, directeur de recherches à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAe), suit de près l’évolution de ses propres plants. Son approche tranche avec les réflexes de traitement systématique et mise sur la prévention raisonnée. Sa réponse à la question « faut-il traiter les tomates contre le mildiou » pourrait surprendre.

Pluie, chaleur et mildiou : ce que disent vraiment les conditions météo

Pour commencer, Denis Thiéry invite à relativiser. « Le mildiou aime les périodes humides, c’est vrai, mais les quelques averses de la semaine dernière, ce n’est pas dramatique », rassure Denis Thiéry, cité par Charente Libre. Le risque ne dépend pas seulement de la pluie, mais de sa durée et de la persistance de l’humidité sur le feuillage. À ses yeux, « Trois jours de pluie, ce n’est pas une catastrophe » si les plants restent globalement sains.

Dans ce contexte, la consigne est claire : priorité à l’observation. L’expert résume le bon réflexe des prochains jours : « Surveillez les feuilles, repérez les taches brunes, mais inutile de s’affoler. » Tant qu’aucun symptôme n’apparaît, il juge inutile de traiter préventivement. L’idée est de garder la main sur la situation sans multiplier les pulvérisations, qui alourdissent le sol et ne sont pas forcément nécessaires.

Avant de traiter les tomates, adopter les gestes qui freinent le mildiou

Pour limiter le risque de mildiou sans produit, Denis Thiéry mise sur des pratiques culturales simples. Il conseille d’abord : « Enlevez les feuilles basses, cela évite les éclaboussures qui transportent les spores de feuille en feuille. » Il nuance quand même : « Attention, enlever trop de feuilles peut diminuer la production de sucres. Mais en début de saison, avec seulement des fleurs, ce n’est pas critique. »

L’arrosage joue aussi un rôle clé. « Il faut arroser uniquement au pied. C’est une erreur fréquente de mouiller les feuilles, surtout par temps chaud et humide. » En gardant un feuillage sec, on rend le milieu moins favorable au champignon. Espacement correct des plants, bonne aération, suppression progressive des feuilles qui touchent la terre : ces gestes de base réduisent fortement la pression de maladie avant même de se demander s’il faut traiter.

Bouillie bordelaise, traitements et choix de variétés de tomates

Quand vient la question des produits, Denis Thiéry ne nie pas l’efficacité de la bouillie bordelaise. À propos de ce traitement à base de cuivre, il admet qu’il est efficace « et autorisé en bio ». Il insiste alors sur ses limites : « Le cuivre s’accumule dans le sol. Il faut donc en user avec modération. » Lui-même a fait un autre choix : « Je ne traite pas du tout ». Il préfère réserver le pulvérisateur aux situations vraiment critiques et concentrer ses efforts sur le sol et la conduite de culture.

Pour se donner une marge de sécurité, le chercheur joue aussi sur le matériel végétal. Il rappelle que les variétés classiques de tomate, vendues 1, 2 ou 3 euros le pied, sont appréciées pour leur goût et leur diversité mais restent souvent sensibles aux maladies. À l’inverse, « les plants greffés sont plus robustes et souvent plus productifs ». « Ils sont en revanche plus chers, parfois jusqu’à 7 ou 8 euros pièce, mais cela peut valoir le coup si l’on souhaite limiter les traitements. » Cette année, il teste « Une trentaine de pieds, moitié classiques, moitié greffés. On verra qui s’en sort le mieux. »