Les jardiniers amateurs dépensent souvent une petite fortune en bouteilles d’engrais pour obtenir de belles tomates et des concombres croquants. Pourtant, le liquide le plus nourrissant pour ces légumes-fruits ne vient pas du magasin. Il sort… de la maison, et tout le monde en produit plusieurs fois par jour, sans jamais imaginer qu’il pourrait nourrir le potager.
Ce liquide, c’est l’urine humaine, longtemps perçue comme un déchet, que la recherche regarde aujourd’hui comme un engrais maison gratuit. Des études menées en Allemagne montrent que des tomates et des concombres fertilisés avec de l’urine diluée produisent des récoltes comparables à celles obtenues avec des engrais biologiques du commerce, voire supérieures. Reste à comprendre comment l’utiliser avec précision pour éviter tout excès.
Pourquoi l’urine est un engrais puissant pour tomates et concombres
Près de 90 % de l’azote que nous ingérons par l’alimentation se retrouve dans l’urine, rappellent les travaux cités par le Leibniz-Institut für Gemüse- und Zierpflanzenbau. En moyenne, un litre d’urine apporte environ 6 grammes d’azote, 1 gramme de phosphore et 2 grammes de potassium, soit un NPK complet qui agit vite. Or les tomates et les concombres font partie des légumes les plus gourmands en nutriments.
Des essais en plein champ sur le chou ont montré que des apports d’urine diluée donnaient des rendements comparables à un engrais azoté industriel. Pour les tomates, une publication dans le Journal of Agricultural Science décrit une augmentation de récolte de 17 % avec un mélange d’urine et de minéraux par rapport à une fertilisation biologique classique. La Westfälische Wilhelms-Universität Münster rappelle toutefois qu’un excès de sels, dont le sodium, finit par rendre les sols moins fertiles.
Comment utiliser cet engrais maison sans abîmer les plantes
Pour limiter ces risques, la spécialiste jardin de la MDR Brigitte Goss conseille de diluer l’urine fraîche entre 1:10 et 1:20, soit un litre d’urine pour 10 à 20 litres d’eau. L’article allemand recommande de ne pas dépasser 200 millilitres d’urine pure par mètre carré et par saison pour éviter l’accumulation de sels, et précise que l’urine de personnes sous antibiotiques ou traitements hormonaux doit être écartée.
Autre règle importante : verser toujours la solution au pied des plants, sur un sol déjà humide, sans jamais mouiller les feuilles pour éviter les brûlures au soleil. Les tomates profitent surtout de cet engrais entre juin et juillet, en phase de croissance vigoureuse, avec un apport dilué tous les 10 à 15 jours. Pour les concombres, l’urine s’emploie surtout au moment de la fructification, là encore par petites doses régulières.
Programme simple pour fertiliser tomates et concombres avec l’urine
Sur un petit carré mêlant tomates et concombres, ces règles sont faciles à appliquer. Après le repiquage des tomates, on peut arroser au pied avec une solution à 1:10 tous les 10 à 15 jours pendant la croissance vigoureuse, en se limitant à 4 à 7 apports sur la saison ; quand les premiers fruits commencent à rougir, les recommandations invitent à arrêter l’azote rapide pour favoriser la maturation.
Les concombres profitent surtout de l’urine au démarrage de la fructification : quelques arrosages dilués au pied, sur sol humide, suffisent à soutenir la mise à fruits sans saturer le sol en sodium. Les chercheurs estiment qu’une famille de quatre personnes produit assez d’urine en un an pour fertiliser environ 350 mètres carrés de potager. Cet engrais liquide se combine idéalement avec du compost ou un paillage, l’urine apportant les nutriments rapides mais pas la matière organique, et son usage reste cantonné au jardin familial, sans certification biologique officielle.