Vous pensiez remplir le panier de tiges bien rouges et, soudain, un gros bâton jaillit du cœur du pied de rhubarbe, coiffé d’une boule verdâtre. Beaucoup de jardiniers paniquent en voyant cette hampe florale. En réalité, il s’agit d’une rhubarbe qui monte en graines, un phénomène spectaculaire mais tout à fait normal.
Je cultive la rhubarbe depuis des années comme jardinier professionnel, dans des potagers de restaurants comme dans mon jardin familial, et j’ai vu des dizaines de touffes filer en fleurs. Quand la plante décide de monter, elle détourne son énergie des pétioles vers les fleurs et les graines, ce qui réduit la récolte. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut réagir à temps. Tout se joue au printemps.
Rhubarbe qui monte en graines : reconnaître et comprendre le phénomène
Une touffe qui « file » produit au centre une hampe florale, plus épaisse que les tiges comestibles. Elle pousse très vite, se dresse bien droite et se termine par un bourgeon gonflé rappelant un chou-fleur miniature. Ce bourgeon s’ouvre ensuite en grandes panicules de fleurs blanc crème. La plante suit simplement son cycle naturel de reproduction par les graines.
Le problème arrive surtout quand la rhubarbe, plante de saison fraîche, subit un printemps chaud et sec. Au-delà d’environ 75°F, soit près de 24 °C, associées à un manque d’eau, les touffes se stressent et déclenchent la floraison. Certaines variétés anciennes, comme Victoria ou MacDonald, y sont plus sensibles, tout comme les vieux pieds qui montent plus facilement en fleurs et donnent des tiges plus fines.
Que faire tout de suite quand la rhubarbe monte en tige florale
Face à une rhubarbe qui monte en graines, il ne faut pas rester spectateur. Plus la hampe se développe, plus la plante y consacre ses réserves au détriment des pétioles. Au printemps, j’examine régulièrement le cœur de chaque touffe : dès que j’aperçois une tige très épaisse, cylindrique, parfois striée de rose ou de rouge, avec une extrémité renflée, je prépare immédiatement le sécateur.
Je coupe la tige florale le plus près possible de la base, avec un outil propre, sans essayer de la tirer comme une tige de récolte, car elle est très fibreuse et dure. Le pied peut remonter une ou deux fois dans la saison, donc je reste vigilant et j’enlève toute nouvelle hampe dès son apparition. Les pétioles restent comestibles ; en revanche je jette toujours la tige florale, plus riche en acide oxalique, tout comme les feuilles toxiques, même si les petites fleurs, elles, sont mangeables.
Prévenir une rhubarbe qui monte en graines au fil des années
Pour limiter ces montées, j’observe d’abord l’emplacement. Une touffe qui monte en tige chaque printemps en plein soleil, dans une région chaude, gagne à être déplacée vers un coin plus frais, avec une ombre légère aux heures brûlantes. La rhubarbe aime la lumière mais supporte bien la mi-ombre. J’arrose régulièrement au printemps et j’installe un paillis organique pour garder le sol frais et humide.
Le vieillissement des touffes compte aussi beaucoup. Une couronne de rhubarbe peut vivre plus de dix ans, mais elle finit par produire des tiges plus petites et par monter plus souvent en fleurs. Pour garder des plants vigoureux, je divise les touffes tous les 4 à 5 ans, en fin d’automne ou tout début de printemps, puis je laisse ces nouveaux pieds se renforcer sans les récolter la première année.