Vous éliminez chaque soir ce dont les hérissons raffolent : leur festin préféré pousse déjà dans votre jardin.

Vous éliminez chaque soir ce dont les hérissons raffolent : leur festin préféré pousse déjà dans votre jardin

Scène classique : la journée terminée, vous ramassez les feuilles mortes, videz les coupelles d’eau, épandez quelques granulés contre les limaces et admirez votre pelouse bien nette. Au même moment, un hérisson d’Europe se réveille et commence sa tournée nocturne, parfois jusqu’à 4 km, persuadé de trouver de quoi remplir son ventre… alors que vous venez presque de lui fermer la cantine.

Ce petit mammifère omnivore, protégé en France depuis 1981, reste un allié majeur du jardin. Pourtant, beaucoup de jardiniers se demandent encore que mangent les hérissons dans le jardin et comment les aider sans faire d’erreur. Une partie de la réponse se cache précisément dans ces zones que l’on s’applique à nettoyer chaque soir. Tout se joue là.

Que mangent vraiment les hérissons dans votre jardin ?

Le hérisson est omnivore, mais son menu reste très largement animal : les végétaux représentent à peine environ 12 % de son alimentation. Son festin préféré se compose surtout d’invertébrés du sol. Il traque les vers de terre dans les sols humides, croque les coléoptères (carabes, scarabées), dévore chenilles, larves et araignées, sans oublier les limaces et escargots. Autant de ravageurs en moins sur vos salades et jeunes pousses.

Pour compléter ce menu, il profite des fruits tombés et un peu blets, de quelques baies, parfois de champignons. Un adulte de 450 à 700 g consomme en moyenne 60 à 90 g de nourriture par jour, avec une ration qui peut tripler à l’automne. Il peut alors prendre jusqu’à 12 % de son poids en une seule nuit, une question de survie avant l’hibernation. Sans buffet d’insectes, la saison froide devient risquée.

Pourquoi un jardin trop propre affame les hérissons

Souffleur, râteau, tonte rase et sacs de déchets verts transforment un terrain vivant en décor presque stérile. Sous un tas de feuilles, dans une bordure un peu haute ou sous un vieux tas de bois, se cachent pourtant limaces, cloportes, vers et larves dont le hérisson raffole. Quand on enlève tout systématiquement, on fait disparaître à la fois leurs refuges et leurs zones de reproduction.

Viennent ensuite les pesticides et les granulés anti-limaces. Ils tuent directement les proies, mais empoisonnent aussi le hérisson qui avale ces limaces contaminées. Peu à peu, chaque jardin très “propre” devient un petit désert alimentaire au milieu du quartier. Pour une espèce déjà en déclin, chaque parcelle privée qui s’appauvrit coupe un morceau de corridor écologique. Et la nuit où vous laissez un coin en friche, la table se remet en place.

Comment transformer votre jardin en cantine idéale pour les hérissons

Un jardin nourricier commence par accepter un peu de désordre. Laisser un coin de pelouse haute, un pied de haie non nettoyé, un tas de feuilles et un tas de bois, c’est offrir abris et garde-manger à une foule d’invertébrés. Un sol couvert de paillage, enrichi de compost maison et non traité en produits chimiques, grouille de lombrics et de coléoptères qui deviendront le repas des hérissons. Un petit point d’eau peu profond complète ce tableau.

Reste la question du nourrissage direct. Les naturalistes le réservent à des cas précis : jeune hérisson en difficulté, adulte très maigre en fin d’automne, toujours en lien avec un centre de sauvegarde. Si vous devez aider, vous pouvez proposer des croquettes ou pâtée pour chat riches en protéines, un œuf cuit écrasé, quelques insectes déshydratés, un peu de pomme ou de poire, et surtout de l’eau fraîche. En revanche, le lait, le pain et les restes salés ou sucrés provoquent des diarrhées parfois mortelles. En changeant simplement deux ou trois gestes du soir et en laissant vivre les limaces, vers et insectes, vous laissez le hérisson faire ce qu’il sait faire le mieux : se régaler en protégeant votre jardin.