Au premier regard, le jardin de Tingshu Hu à Dunstable, dans le Massachusetts, ressemble à ces scènes luxuriantes qui demandent des heures de travail chaque semaine. Massifs débordants, bordures bien remplies, fleurs à différentes hauteurs : tout donne l’impression d’un entretien permanent. Pourtant, derrière ces images publiées dans la rubrique Garden Photo of the Day du magazine Fine Gardening, se cache une autre réalité, beaucoup plus accessible.
Au fil des années, Tingshu a construit un décor très fleuri en misant presque uniquement sur des fleurs peu exigeantes : vivaces robustes, bisannuelles qui se ressèment et annuelles capables de revenir seules. Résultat, son jardin reste coloré de la fin du printemps au cœur de l’été, alors même que les températures montent. Ce contraste entre apparence sophistiquée et entretien léger intrigue forcément.
Dans le jardin de Tingshu Hu, des fleurs peu exigeantes qui reviennent toutes seules
La base de ce jardin, ce sont les plantes qui se resèment sans aide. Les digitales pourpres (Digitalis purpurea, zones 4 à 9) fonctionnent comme des bisannuelles : elles s’installent une année, fleurissent la suivante, puis laissent de nombreuses graines. Pour limiter l’invasion tout en conservant l’effet de masse, Tingshu coupe les hampes défleuries alors qu’il reste encore quelques fleurs en haut. Elle obtient ainsi de plus petites remontées de floraison, avec beaucoup moins de semis spontanés à gérer.
La même stratégie se retrouve avec la coquelourde des jardins (Silene coronaria, zones 4 à 10), autre bisannuelle généreuse qui revient d’elle-même, et avec la camomille allemande (Matricaria chamomilla). Semée une seule fois il y a trois ans, cette camomille réapparaît chaque printemps autour du vieux muret en pierre, mêlée à la nepeta et aux digitales. Tingshu récolte les fleurs pour en faire du thé puis taille les tiges, ce qui provoque une nouvelle vague de boutons et garde les touffes compactes.
Les fleurs phares du jardin de Tingshu pour un effet luxuriant sans corvées
Autour des digitales, elle installe des vivaces hautes qui prennent le relais presque sans intervention. La « queen of prairie » (Filipendula rubra, zones 4 à 7) dépasse les floraisons de début de saison pour offrir ensuite de grandes panicules roses. Plus loin, le phlox paniculé (Phlox paniculata, zones 4 à 8), les chrysanthèmes rustiques et l’asclépiade tubéreuse orange (Asclepias tuberosa, zones 3 à 9) prennent le relais. Le grand arbuste pourpre Cotinus coggygria ‘Royal Purple’ assure, lui, une couleur de fond permanente qui structure toute la scène.
Au pied, Tingshu comble chaque trou avec des couvre-sols très tolérants, comme l’alchémille (Alchemilla mollis, zones 3 à 8), l’ajuga, plusieurs sedums rampants ou la lysimaque nummulaire. Dans d’autres zones, elle associe œillets de poète (Dianthus barbatus), achillées roses et alchémille pour former des bordures denses. Autour du bassin, un iris du Japon (Iris ensata) se mêle aux oreilles d’agneau (Stachys byzantina), rudbeckias (Rudbeckia hirta) et graminées légères, toujours avec quelques sedums pour occuper le sol. La verveine de Buenos Aires (Verbena bonariensis), déjà citée comme très résistante à la chaleur et au sec sur des sols bien drainés, apporte une touche aérienne de violet tout l’été et attire les pollinisateurs.
Comment Tingshu garde ses fleurs peu exigeantes belles même sous la chaleur
Si le choix des plantes compte, quelques gestes simples expliquent aussi la facilité d’entretien de ce jardin de Tingshu Hu. Les massifs se trouvent presque toujours en plein soleil, dans une terre bien drainée, ce qui convient particulièrement aux verveines, sedums, digitales ou asclépiades. Lors des épisodes très chauds, semblables à ceux décrits par Maison et Travaux où l’air dépasse les 35 °C et le sol nu approche les 45 °C, Tingshu privilégie un arrosage espacé mais profond, pour pousser les racines à descendre.
- Arroser tôt le matin, entre 5 h et 9 h, ce qui permettrait d’économiser jusqu’à 30 % d’eau par rapport à un arrosage en plein après-midi.
- Viser uniquement le pied des plantes, afin d’éviter les brûlures sur le feuillage et les maladies.
- Installer un paillage de quelques centimètres autour des vivaces et des bisannuelles qui se ressèment.
- Couper seulement certaines fleurs fanées, pour doser le ressemis naturel sans pertes de floraison.
Le reste relève davantage du dessin du jardin que de la technique. Le long de l’allée d’entrée, Tingshu répète les mêmes associations simples – alchémille, rosiers bas, géraniums vivaces, nepeta, sedums couvre-sol – ce qui réduit le désherbage et donne un aspect cohérent. La clôture métallique, installée il y a trois ans pour contenir des lapins devenus gourmands y compris en plantes réputées peu appétentes, protège désormais des massifs déjà bien installés. Une fois ces bases posées, les fleurs se chargent presque toutes seules de maintenir le spectacle.