Familles et jardins : pourquoi il devient urgent d’agir pour protéger les merles du virus Usutu
La scène est familière : tôt le matin, un merle noir retourne les feuilles du massif, siffle au sommet d’une haie, amuse les enfants derrière la fenêtre. Dans de nombreux jardins, cette présence se fait pourtant plus rare, voire disparaît brutalement. Sans que l’on comprenne toujours pourquoi, des merles semblent faibles, restent au sol ou sont retrouvés morts.
Au Royaume-Uni, les écologues tirent la sonnette d’alarme : un virus Usutu transmis par les moustiques, déjà responsable d’une chute d’environ 40 % des merles dans le Grand Londres depuis 2020, s’est installé durablement dans les populations d’oiseaux sauvages. Avec des étés plus longs, plus chauds et plus humides, le risque gagne du terrain et les familles sont invitées à agir… directement dans leur jardin.
Pourquoi les merles de jardin sont sous la menace du virus Usutu
Oiseau emblématique de nos jardins, le merle noir joue un rôle clé : il disperse les graines, mange larves, limaces et insectes qui abîment les plantations. Un porte-parole d’Arbtech rappelle : « Les merles sont bien plus que de simples visiteurs familiers de nos jardins – ce sont d’importants disperseurs de graines et prédateurs d’insectes, qui aident à réguler les populations de ravageurs et à soutenir des écosystèmes sains », cité par le média britannique Express. Perdre ce voisin discret, c’est aussi fragiliser l’équilibre naturel du jardin.
Le virus Usutu est un arbovirus originaire d’Afrique, transmis surtout par le moustique Culex pipiens, très commun près des maisons. Il a été détecté pour la première fois chez des merles sauvages londoniens à l’été 2020, puis confirmé dans d’autres régions du Royaume-Uni jusqu’en 2026. Les scientifiques observent désormais une installation durable du virus dans la faune sauvage européenne. Le groupe d’experts HAIRS classe le risque pour la population humaine générale comme très faible à faible, mais pour les merles, l’infection est souvent mortelle.
Que faire si vous voyez un merle malade ou mort dans votre jardin
Les merles infectés présentent souvent des signes de détresse neurologique et physique marquée : léthargie, faiblesse, perte de coordination, démarche instable, tremblements, convulsions. Certains restent au sol sans fuir, même à l’approche d’un humain, avec les plumes ébouriffées. Un porte-parole d’Arbtech alerte : « Mais ils subissent une pression réelle. Des maladies comme le virus Usutu, qui peuvent provoquer des tremblements, une désorientation et même une mort subite chez les oiseaux infectés, sont une menace émergente, et beaucoup de gens ne réalisent toujours pas l’impact qu’elles ont déjà ».
Face à un oiseau très affaibli ou mort, il est conseillé d’éloigner enfants et animaux de compagnie, de ne pas le manipuler à mains nues, puis de le signaler. Au Royaume-Uni, les cas sont enregistrés par Garden Wildlife Health ou l’Animal and Plant Health Agency, ce qui permet de suivre la progression du virus Usutu chez les merles. Le signalement précoce des mortalités aide les chercheurs à cartographier l’épidémie et à adapter les recommandations aux particuliers.
Sept gestes simples au jardin pour aider les merles à résister
Les écologues insistent sur l’importance d’agir sur l’environnement immédiat des oiseaux. Un porte-parole d’Arbtech se veut tout de même optimiste : « La bonne nouvelle, c’est que les foyers disposant même d’un petit jardin peuvent faire une réelle différence. Des actions simples comme planter des arbustes indigènes, fournir de l’eau propre et éviter les pesticides contribuent toutes à créer des habitats plus sûrs et plus sains où les merles peuvent se nourrir, nicher et prospérer ». Planter aubépine, cornouiller, sureau ou autres arbustes locaux offre baies, abris et sites de nidification.
Réduire les moustiques passe par la suppression de l’eau stagnante inutile : soucoupes, seaux, brouettes, gouttières bouchées, récupérateurs non couverts. Les bains d’oiseaux restent précieux, mais leur eau doit être changée très régulièrement, et les mangeoires nettoyées et désinfectées au moins une fois par semaine pour limiter la transmission de maladies comme l’Usutu ou la trichomonose. Éviter les pesticides et biocides préserve les insectes dont les merles se nourrissent, tandis que des haies continues et de petits passages dans les clôtures créent de vrais corridors de faune entre jardins. Enfin, choisir nichoirs et hôtels à insectes fabriqués localement, plutôt que des modèles importés à bas prix, limite le risque d’introduire parasites et agents pathogènes supplémentaires dans ce fragile écosystème familial.