Affaire Jordan Bardella

Dans le cadre de l’affaire des assistants parlementaires européens du Front National, qui a ouvert en 2014, huit eurodéputés et douze assistants parlementaires ont été reconnus coupables de détournement de fonds publics et de recel de cette infraction par le tribunal judiciaire de Paris, le 31 mars 2025. 

Or, entre février et juin 2015, Jordan Bardella, aujourd’hui président du Rassemblement National (anciennement Front National), a occupé un poste d’assistant parlementaire auprès de l’eurodéputé Jean-François Jalkh. 

De décembre 2014 à mars 2015, Férial Mostefaï a occupé cette même fonction auprès de l’eurodéputé Florian Philippot.

Tous n’ont pourtant fait l’objet d’aucune poursuite et ont échappé à toute condamnation, alors même qu’ils étaient initialement impliqués dans l’affaire. 

Et pour cause, dans un livre publié le 14 septembre 2024, le journaliste Tristan Berteloot affirme que des documents falsifiés auraient été produits afin d’étayer la réalité du travail parlementaire de plusieurs personnes, dont Jordan Bardella et Férial Mostefaï.

S’agissant de Jordan Bardella, il évoque notamment un agenda présenté comme retraçant ses activités d’assistant parlementaire, mais qui aurait été acheté en 2018, puis rempli à la main, ainsi qu’une revue de presse qui lui est attribuée et qui comporterait des articles publiés en 2017.

Concernant l’emploi de Férial Mostefaï, le journaliste fait état d’un rapport censé couvrir ses activités en 2014 et 2015, mais qui aurait été rédigé a posteriori, dans l’urgence, en 2016.

Selon ces révélations, ces documents s’inscriraient dans un système de fabrication de fausses preuves, destinées à convaincre le Parlement européen de la réalité du travail parlementaire accompli. 

Le journaliste indique notamment que Maître Ghislain Dubois, avocat de Marine Le Pen et alors coordinateur du pôle juridique du parti, aurait rédigé un courrier type afin d’aider les personnes concernées à justifier leurs activités et aurait mobilisé plusieurs assistants parlementaires pour constituer des pièces antidatées.

La création de preuves a posteriori aurait eu pour objectif d’attester l’effectivité du travail parlementaire des deux concernés, dans le but d’échapper aux enquêtes administratives et judiciaires en cours.

Ces faits, s’ils sont avérés, pourraient recevoir la qualification de faux et usage de faux et détournement de fonds publics.

La procédure judiciaire

  • Le 31 mars 2025, huit eurodéputés et douze assistants parlementaires ont été reconnus coupables de détournement de fonds publics et de recel de cette infraction par le tribunal judiciaire de Paris ;
  • Marine Le Pen, le Rassemblement National comme personne morale, et onze autres prévenus ont fait appel de cette décision ;
  • Le 9 janvier 2026, Anticor a déposé plainte auprès du Tribunal judiciaire de Paris, sur le volet du dossier touchant Jordan Bardella et Férial Mostefaï ;
  • Du 13 janvier 2026 au 12 février 2026 s’est tenu le procès en appel. La décision sera rendue le 7 juillet 2026 par la Cour d’appel de Paris.

Fondement de l’action juridique d’Anticor

Détournement de fonds publics, faux et usage de faux, escroquerie en bande organisée

Pourquoi Anticor a-t-elle décidé d’agir dans cette affaire ? 

Cette affaire apparaît comme l’une des ramifications du dossier tentaculaire des assistants parlementaires européens du Front national, soit un système présumé de détournement de fonds publics européens dans le but de financer les activités du parti aux frais du Parlement européen. 

Mais, il s’agit bien de deniers publics européens, financés notamment par les contribuables français, la France étant l’un des principaux contributeurs au budget de l’Union européenne.

Les sommes possiblement détournées doivent également être replacées dans un contexte de possibles manœuvres mises en place par le Rassemblement National pour échapper à des poursuites ou en limiter la portée. 

Si de telles pratiques étaient établies, elles seraient susceptibles de porter atteinte au principe d’égalité devant la loi mais surtout au bon fonctionnement de la justice, venant d’un parti pourtant réputé pour fustiger les juges et dénoncer une justice prétendument politique.

La plainte déposée par Anticor s’inscrit dans un ensemble de procédures judiciaires et de dossiers financiers concernant le fonctionnement interne, les campagnes électorales et l’utilisation des fonds publics par le Rassemblement National.

Cet ensemble d’affaires soulève des interrogations sur les pratiques de financement et sur le rapport du parti à l’institution judiciaire.

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