Il y a des jardins que l’on regarde, pour leurs fleurs spectaculaires, et d’autres que l’on écoute, avec le bruit de l’eau ou du vent dans les graminées. Mais ceux qui marquent vraiment la mémoire sont souvent ceux que l’on respire. Une bouffée de jasmin un soir d’été, la résine d’un pin chauffé au soleil ou l’odeur d’un sol humide suffisent à nous arrêter net. Pour le paysagiste espagnol Fernando Nájera, ces jardins des senteurs reviennent en force.
Dans un entretien accordé en juin 2025 au média espagnol Hola, Fernando Nájera rappelle que les jardins parfumés ont traversé les siècles, mais qu’ils sont aujourd’hui au coeur des demandes. Selon lui, nous comprenons mieux le lien entre odeurs et bien-être, et nous cherchons à l’introduire chez nous, du grand jardin à la plus petite terrasse. Derrière ce retour, il voit moins une lubie qu’une évolution profonde de notre façon de vivre le dehors. Une petite révolution silencieuse.
Pourquoi le jardin parfumé revient sans jamais se démoder
Pour Fernando Nájera, le parfum au jardin n’a rien d’une nouveauté. Il résume la tendance en une phrase : « Ce n’est pas une nouvelle mode, mais nous en savons aujourd’hui beaucoup plus sur l’impact que l’odeur a sur notre bien-être. Elles ont toujours plu, mais elles sont plus présentes parce que nous comprenons leur valeur, nous l’étudions, nous la recherchons. Et c’est pour cela qu’elles sont tendance : parce qu’elles durent, parce qu’elles fonctionnent et parce qu’elles émeuvent », explique le paysagiste. Autrement dit, le jardin parfumé séduit parce qu’il touche directement le corps et la mémoire.
Cette relation aux émotions s’inscrit dans le temps long des saisons. Fernando Nájera rappelle que « la saisonnalité, dans des climats comme l’espagnol (très variable mais largement calé sur le cycle des quatre saisons), influence fortement l’expérience aromatique d’un jardin. Pendant les mois froids, la fragrance reste présente chez de nombreuses espèces, même si elle devient plus subtile. Il faut souvent un contact direct ou un frottement pour la percevoir ». Le parfum descend alors au niveau du sol, des troncs, des zones humides et ombragées, ce qui prolonge l’intérêt du jardin toute l’année.
Composer un jardin parfumé sans saturer les sens
Concevoir un jardin parfumé ne revient pas à aligner des plantes odorantes au hasard. Selon Fernando Nájera, il est difficile de dessiner uniquement avec les odeurs, car il n’existe pas de correspondance simple entre parfum, forme et texture. Le risque, surtout au printemps quand la volatilité des arômes grimpe avec la chaleur, est de créer un brouhaha olfactif. Le paysagiste cherche donc l’équilibre : un jardin doit être enivrant, mais jamais écœurant, avec des zones très intenses à côté d’espaces plus neutres pour laisser respirer le nez.
Dans un jardin dominé par le pin d’Alep (Pinus halepensis), très résineux, il estime que la note boisée est déjà si forte qu’il vaut mieux la prolonger avec du romarin (Salvia rosmarinus), des cistes (Cistus) ou des sauges que lui opposer des roses, dont le parfum passerait presque inaperçu. Autre principe qu’il applique souvent : miser sur les feuillages, la résine, les conifères ou des arbustes comme l’eleagnus pour créer des espaces sans fleurs, mais avec une présence olfactive constante et plus discrète.
Les plantes clés pour un jardin parfumé durable, du sol au balcon
Pour ancrer le parfum dans la durée, Fernando Nájera plébiscite les plantes méditerranéennes riches en huiles essentielles : lavande (Lavandula), menthe (Mentha), thym (Thymus vulgaris), romarin et sauges. Faciles à cultiver, elles supportent la chaleur, demandent peu d’eau et dégagent un sillage familier de cuisine et de bien-être.
Sur un balcon ou une terrasse, le paysagiste recommande de rester sobre : « Moins est plus. Quatre ou cinq espèces avec plusieurs exemplaires de chacune », conseille-t-il, en gardant une ou deux plantes dominantes et un arrosage plus exigeant en pot.