Hécatombe en France : pourquoi 2,5 millions de poulets sont morts de la canicule en quelques jours

Des millions de poulets morts rapidement et des éleveurs impuissants face à des températures records. La canicule a frappé les exploitations avicoles. Un phénomène appelé à se répéter avec le réchauffement climatique, qui interroge déjà les pratiques de toute une filière.

Un élevage de volailles décimé par la canicule

Le matin où Isabelle Renaudier a ouvert les portes de son poulailler, elle a découvert une scène qu’elle n’oubliera pas. Dans son exploitation de l’ouest de la France, 1 500 poulets sur 4 300 n’ont pas survécu à une nuit de canicule. À quelques semaines de l’abattage, le choc a été immense pour l’éleveuse, selon le New York Times.

Comme de nombreux élevages de la région, celui d’Isabelle et Florent a été victime des températures extrêmes, atteignant 40,5 °C. Privées d’un moyen efficace pour évacuer la chaleur, les volailles ont haleté pendant des heures avant de s’affaiblir. Certaines ont fini par mourir, victimes de la déshydratation et de l’épuisement.

Pourquoi les poulets modernes résistent moins à la canicule

En quelques décennies, le poulet de chair est devenu un symbole de l’élevage intensif : il grandit vite, coûte moins cher et fournit davantage de viande. Mais cette « évolution » a aussi modifié la physiologie de l’animal. Aujourd’hui, sa croissance accélérée le rend plus vulnérable aux chaleurs extrêmes et aux canicules. Ce qui explique les 2,5 millions de poulets morts en France à la fin juin.

Les spécialistes tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs années face à cette fragilité. Selon Yann Nédélec, directeur d’Anvol, les récentes vagues de chaleur ont provoqué « un événement d’une intensité historique ». Ce constat dépasse la France : en Inde, en 2015, puis en Amérique du Nord, en 2021, des millions de volailles ont succombé aux températures élevées, d’après le Huffington Post.

Repenser le modèle de l’élevage intensif

Avec la multiplication des épisodes de canicule, les éleveurs de volailles doivent repenser leurs pratiques pour limiter les pertes. Le secteur avicole s’attend à des épisodes de chaleur plus fréquents et mise sur plusieurs solutions : meilleure ventilation, toitures réfléchissantes, compléments alimentaires adaptés ou encore sélection de races plus résistantes, comme les poules à cou nu.

Ces mesures sont néanmoins insuffisantes pour supprimer totalement le risque. Le professeur Sami Dridi, spécialiste de l’aviculture à l’Université de l’Arkansas, rappelle que la climatisation est trop coûteuse pour la majorité des élevages intensifs. Certains producteurs envisagent donc d’adapter leurs cycles d’élevage afin d’éviter ces drames.