Ce changement silencieux de la saison de croissance pourrait ruiner vos récoltes si vous ne changez rien à temps

Si vous jardinez depuis plus de quelques années, vous l’avez sans doute remarqué : le printemps semble démarrer plus tôt et les récoltes d’été se prolongent parfois bien après la rentrée. Tomates, poivrons ou dahlias résistent jusqu’en octobre, voire novembre, là où ils dépérissaient beaucoup plus vite autrefois. Les chiffres des climatologues confirment ce ressenti, et les jardiniers se retrouvent face à un nouveau calendrier.

Ce rallongement de la saison sans gel s’explique par le réchauffement climatique : en moyenne, les États-Unis ont gagné environ deux semaines de saison de croissance depuis la fin du XIXe siècle, et l’Europe a vu la période favorable aux cultures agricoles s’allonger d’une dizaine de jours depuis les années 1990. Pour un jardin, cela ressemble à un cadeau. Le jeu se complique.

Saison de croissance : une fenêtre sans gel qui s’allonge vraiment

Pour les scientifiques, la saison de croissance correspond à l’intervalle entre la dernière gelée de printemps et la première gelée d’automne, en prenant 0 °C comme seuil. L’Agence de protection de l’environnement américaine estime que cette fenêtre a gagné environ seize jours en moyenne entre 1895 et 2020. Autrement dit, la période où le sol n’est plus pris par le froid s’étire déjà à l’échelle d’une vie humaine.

En Europe, un indicateur suivi par l’Agence européenne pour l’environnement montre lui aussi un allongement d’une dizaine de jours depuis 1992, surtout parce que les gelées d’automne arrivent plus tard. Mais chaque jardin a son microclimat. Noter soi-même la date de la dernière gelée au printemps et de la première en automne reste l’outil le plus fiable, loin devant les moyennes nationales ou les seules cartes de zones de rusticité USDA.

Allongement de la saison de croissance : des occasions en or pour le potager

Une fenêtre sans gel plus longue permet de récolter plus, plus longtemps. Des jardiniers nord-américains observent déjà des tomates, poivrons ou concombres productifs plusieurs semaines après la date habituelle de première gelée. Avec cet allongement de la saison de croissance, il devient possible de pratiquer des cultures en relais : un semis précoce de haricots ou de salades, suivi d’un second cycle en fin d’été, voire deux séries de tomates déterminées la même année.

Pour certains jardins du nord, la fenêtre plus longue ouvre aussi la porte à des légumes longtemps jugés trop tardifs, comme certaines courges ou les patates douces, à condition de surveiller de près l’eau et la chaleur. Les plantes méditerranéennes profitent aussi de ce glissement : en garrigue, sur une parcelle d’environ 80 m² suivie depuis les années 1970, des chercheurs montpelliérains ont montré que le thym changeait de forme chimique dominante en quelques décennies pour s’ajuster au climat local.

Quand la saison s’étire : chaleur, ravageurs et faux printemps à gérer

Un été plus long signifie aussi davantage de journées brûlantes et de sols qui sèchent. Dans ces conditions, certains légumes cessent tout simplement de pousser en plein cœur de la saison. Pour limiter les dégâts, paillage épais et arrosages plus espacés deviennent la base. Sur les framboisiers, couper au ras du sol les vieilles tiges brunes déjà fructifiées puis pailler le pied aide la plante à concentrer sa sève sur les jeunes pousses.

Une saison allongée favorise aussi les ravageurs : hivers plus doux et automnes retardés laissent passer davantage d’insectes, parfois avec une génération supplémentaire sur la même année. Les voiles anti-insectes posés au début de culture, retirés à la floraison, limitent déjà beaucoup les attaques si l’on surveille en plus régulièrement le feuillage. Le piège du faux printemps complète le tableau : un redoux précoce fait gonfler les bourgeons, puis une gelée les brûle. Des expériences de l’Inrae ont montré que des rameaux chauffés artificiellement débourraient environ dix jours plus tôt et devenaient alors plus vulnérables, d’où l’intérêt de garder quelques jours de marge avant de planter en pleine terre les espèces frileuses.