Si vous avez un jardin, ce geste nocturne pendant la canicule est la seule chose à faire pour éviter le pire

Les pelouses qui jaunissent en quelques jours, le potager qui s’effondre, les massifs qui perdent leurs feuilles : pendant une canicule, même un jardin bien entretenu peut souffrir violemment. Sur les réseaux sociaux, l’agroclimatologue Serge Zaka décrit une « sécheresse éclair » où chaleur extrême, faible humidité et vent accélèrent « brutalement l’évapotranspiration et l’assèchement de la végétation », jusqu’à provoquer des chutes massives de feuilles.

Face à ce scénario, beaucoup arrosent quand ils peuvent, parfois en pleine journée, d’autres laissent couler l’eau de la piscine sur la pelouse pour « ne pas gaspiller ». Entre gaspillage et mauvaises pratiques, les dégâts se paient en fin d’été. Pourtant, toute personne ayant un jardin peut concentrer ses efforts sur une seule chose pendant ces épisodes, un geste très simple qui change vraiment le sort des plantes.

Canicule : arroser son jardin la nuit, le geste prioritaire

Quand il fait très chaud, la plante se nourrit de dioxyde de carbone et libère en échange de la vapeur d’eau. Plus l’air est sec et le vent fort, plus cette vapeur s’échappe vite. Le sol durcit, les racines n’arrivent plus à pomper, le stress hydrique grimpe d’un coup. L’horaire d’arrosage devient alors décisif, car arroser en pleine journée alimente surtout l’évaporation, pas la plante.

« Il faut arroser entre 23 heures et 6 heures quand la température extérieure est la moins élevée. Il est important d’y aller à petite dose. Si nous buvons trop d’eau d’un coup, nous aurons mal au ventre, pour les plantes c’est pareil. Ce sont des êtres vivants. C’est pour cela que l’arrosage au goutte-à-goutte est l’idéal », explique Eftychia Kazouka, jardinière-formatrice à l’École du Breuil. Autrement dit, adopter l’habitude d’arroser entre 23 heures et 6 heures, lentement et au pied, devient le geste prioritaire pour traverser la canicule.

Arrosage nocturne, ombre et paillage : la bonne méthode

Une fois l’horaire calé, reste la manière de donner l’eau. L’Inrae recommande de ne pas arroser le feuillage : « Cela peut favoriser le développement de maladies, de nombreux pathogènes ayant besoin de milieux aqueux pour proliférer. Et puis, même si cela peut les rafraîchir, c’est avant tout par la racine que les plantes absorbent de l’eau », précise-t-il. On vise donc la zone autour du pied, en arrosage lent, avec un tuyau réglé en pluie douce ou un système de goutte-à-goutte.

En journée, il faut aussi limiter le coup de chaud. « Le feuillage risque de brûler. Il faut mettre ses plantes à l’abri. Si elles se trouvent sur un balcon, on va les rapprocher du mur pour qu’elles aient un peu d’ombre quand le soleil tournera. On peut utiliser un parasol. On ne peut pas complètement masquer non plus la lumière sinon, elles ne peuvent plus s’humidifier », détaille encore Eftychia Kazouka. Au sol, un paillage organique en paille ou copeaux garde l’humidité, et cette spécialiste a transformé la cour d’honneur de l’École du Breuil en jardin « résilient » en remplaçant les bisannuelles gourmandes en eau par des vivaces, arbustes et aromatiques méditerranéennes plus sobres.

Eau de piscine, sol et hérissons : les pièges cachés au jardin

Attention en revanche à la tentation d’utiliser l’eau de piscine traitée pour arroser. Des propriétaires ayant laissé leur piscine hors-sol se vider tout l’été sur la même bande de gazon ont retrouvé en septembre un rectangle de pelouse brûlée. Le chlore, le brome ou le PHMB n’épargnent pas les racines, et le stabilisant, souvent un cyanurate de sodium, reste présent dans le sol bien après que le chlore s’est dissipé. Les professionnels conseillent donc d’arrêter tout traitement au moins 15 jours avant la vidange, puis de tester l’eau et de viser un taux de chlore inférieur à 0,3 ppm avant de l’envoyer sur le jardin. L’eau traitée au brome ne devrait pas servir à l’arrosage, et mieux vaut changer de zone à chaque vidange. Si le mal est fait, un arrosage massif à l’eau claire plusieurs jours de suite, complété par un apport de compost, aide le sol à se « lessiver » et la pelouse à repartir.

Cette gestion de l’eau concerne aussi les petits habitants du jardin. Au Royaume-Uni, Lisa Steward, qui dirige le centre Thorne Hedgehog Rescue, alerte sur des bébés hérissons retrouvés affamés et déshydratés après les longues périodes sèches. « La longue période de chaleur et de sécheresse signifie que les mères ont du mal à trouver de la nourriture, leur lait est de mauvaise qualité ou il se tarit. Nous sommes submergés de bébés hérissons, plus que nous n’en avons jamais eu auparavant », a-t-elle expliqué. Elle recommande de laisser le soir une coupelle d’eau peu profonde, et de créer dans les clôtures des passages et quelques zones naturelles avec herbes hautes ou tas de bois, pour que ces auxiliaires puissent continuer à trouver eau et nourriture malgré la canicule.