Recycler des planches pour construire un bac de jardin surélevé, c’est un peu le rêve du bricoleur : matériaux gratuits, charme rustique, geste écolo affiché au milieu du potager. Entre palettes récupérées, vieilles lames de terrasse ou bastaings de chantier, les occasions ne manquent pas. Derrière cette bonne idée se cache pourtant un point aveugle que beaucoup de jardiniers découvrent tard, parfois une fois les légumes déjà plantés.
Le principe reste séduisant : limiter les déchets, alléger le budget, donner une seconde vie au bois. Mais tous les matériaux de récupération ne se valent pas, surtout lorsqu’ils se retrouvent en contact direct avec la terre et des cultures comestibles. Certains bacs faits maison peuvent relarguer des conservateurs chimiques ou se révéler rongés par les insectes. Ce type de bois recyclé, lui, devrait rester loin de votre potager.
Bois recyclé et bacs surélevés : une bonne idée si l’on connaît son traitement
Quand l’origine du matériau est claire, le bois recyclé a de vrais atouts pour un bac surélevé. Il limite l’achat de bois neuf, offre un style authentique et peut durer plusieurs années sans produit de finition, selon l’essence. Certains fabricants misent même dessus : une jardinière rectangulaire vendue dans le commerce est ainsi réalisée en pin recyclé certifié FSC, bois de palettes, avec un cadre en acier et une doublure plastique prévue pour accueillir directement le terreau.
Tout change quand on ignore comment le bois a été traité. Des services de vulgarisation comme l’Université d’État de l’Oregon rappellent que certains traitements modernes destinés aux usages extérieurs génèrent peu de transfert d’arsenic vers les légumes. La situation devient beaucoup plus floue dès que l’on réutilise de vieux bastaings récupérés sur une terrasse, une clôture ou une structure dont l’âge et le traitement restent inconnus. C’est exactement le cas de nombreux projets DIY.
Le bois traité sous pression ancien, le mauvais candidat pour un bac de jardin
Avant le milieu des années 2000, une grande partie du bois traité sous pression vendu pour les terrasses ou les clôtures recevait un mélange appelé chromated copper arsenate (CCA), à base d’arsenic. Ce traitement protège très bien contre insectes et champignons, mais il a suscité des inquiétudes sanitaires. L’industrie l’a donc abandonné pour la plupart des usages domestiques, réservant ce bois aux applications industrielles.
Pour un bois de récupération, une règle simple circule chez les conseillers jardin : si la planche a plus de vingt ans ou vient clairement d’un usage industriel, on l’écarte du potager. Les traverses de chemin de fer, traitées à la créosote ou à d’autres conservateurs, en font partie. Quelques indices doivent alerter :
- odeur forte de goudron ou de produit chimique ;
- bois très sombre, gras, issu de voies ferrées ou d’un chantier.
Comment choisir un bois recyclé sûr pour un bac surélevé
Pour les planches de récupération que l’on souhaite garder, tout commence par l’enquête. Idéalement, on connaît la provenance : chute de charpente récente, palettes identifiées, ancien meuble d’intérieur. Couper une extrémité permet de comparer la couleur du cœur du bois à la surface ; une teinte uniforme et une odeur de résine ou de bois sec sont plutôt rassurantes. À l’inverse, un cœur verdâtre ou une forte odeur chimique invitent à renoncer, même si le bois semble en bon état.
Les palettes restent utiles si l’on connaît leur circuit et si le bois porte une certification comme FSC, à l’image de certains bacs surélevés prêts à l’emploi qui ajoutent une doublure plastique pour isoler le terreau. Ensuite, il faut vérifier que les planches ne sont pas déjà habitées. James Higgins, de l’entreprise Grass247, résume : « Une activité récente de vrillettes laisse souvent derrière elle une poussière fine, de couleur crème, appelée vermoulure ». Ce voile clair, accompagné de petits trous ronds de 1 à 2 mm, signale un bois fragilisé à écarter pour un bac surélevé.