Les potées bien rondes, bourrées de fleurs, envahissent les jardineries à l’automne. On repart avec un chrysanthème de Toussaint pour la terrasse, puis, une fois les fleurs fanées, la même question revient : faut‑il le jeter ou le recycler au jardin ? L’idée de le sauver en le glissant au milieu des massifs séduit beaucoup de jardiniers, mais la réalité est moins simple qu’elle n’y paraît.
Autre élément dans la balance : le gaspillage. Jeter une potée encore bien verte après quelques semaines de décor heurte de plus en plus de jardiniers soucieux d’écologie et de budget. Pourtant, derrière ce geste apparemment logique – planter pour « faire durer » – les spécialistes du chrysanthème invitent à vérifier d’abord quel type de plante on a sous la main.
Tous les chrysanthèmes achetés en magasin ne se valent pas au jardin
Les experts distinguent les chrysanthèmes de fleuriste, souvent vendus en pot dans les supermarchés, et les chrysanthèmes de jardin dits « rustiques ». « Les chrysanthèmes que les fleuristes achètent sont cultivés spécialement pour la production de fleurs coupées », explique Nicole Dillon, de la ferme florale Breemar Flower Farm. « Ils ont des tiges particulièrement longues qui ne paraissent pas naturelles dans un massif ». Au jardin, ces plantes finissent souvent hautes et clairsemées.
QiuXia Chen, responsable essais chez Dümmen Orange, rappelle aussi que les potées d’automne ont été sélectionnées pour une floraison spectaculaire en container, pas pour passer l’hiver dehors. Les sources horticoles françaises soulignent que la plupart des chrysanthèmes vendus en pot en fin d’été sont des variétés peu rustiques, traitées comme des annuelles. À l’inverse, les chrysanthèmes de jardin rustiques, achetés au printemps, s’enracinent tout l’été et fleurissent naturellement de la fin août à octobre.
Pourquoi réfléchir avant de planter un chrysanthème de Toussaint en pleine terre
Interrogée sur l’idée de planter un chrysanthème acheté en magasin en pleine terre, QiuXia Chen se montre prudente. « Je ne recommande pas de planter les chrysanthèmes en pot directement en pleine terre, ils ont tendance à devenir hauts et dégingandés avant de fleurir », prévient-elle. Des services de conseil horticole nord-américains constatent aussi que ces chrysanthèmes de fleuriste survivent rarement à l’hiver et, quand ils repartent, leur floraison arrive si tard que le gel abîme les boutons.
- un enracinement superficiel, surtout si la motte est restée longtemps dans son pot ;
- un sol lourd ou détrempé qui favorise la pourriture des racines ;
- une plantation tardive, à moins de six à huit semaines des premières gelées ;
- un port déséquilibré l’année suivante, avec quelques longues tiges peu fleuries.
Avec ce cocktail de stress, seules quelques potées réussissent vraiment leur installation durable. Beaucoup dépérissent dès le premier hiver, ou survivent en donnant un maigre feuillage sans jamais retrouver la boule de fleurs compacte qui avait séduit à l’achat.
Comment tenter la pleine terre (et quelles fleurs choisir à la place)
Pour autant, certains jardiniers aiment tenter l’expérience, et ils y parviennent parfois. Pour maximiser vos chances, les experts recommandent de planter tôt : idéalement au printemps, après les dernières gelées, ou à l’automne en visant six à huit semaines avant la première gelée. Nicole Dillon conseille un emplacement très ensoleillé et, en climat froid, près d’un mur : « La chaleur qu’emmagasine une fondation peut suffire à garder la plante en forme », note-t-elle.
Avant de mettre la motte en terre, on vérifie qu’elle n’est pas trop serrée, on ouvre un peu les racines, puis on rabat le dessus de la plante d’environ un tiers. Un sol bien drainé et un arrosage régulier limitent la pourriture des racines, complétés par un paillage qui aide la souche à passer l’hiver. Certains préfèrent hiverner le pot hors gel puis replanter en mai. Pour un décor durable, nombre de spécialistes conseillent plutôt d’acheter au printemps des chrysanthèmes de jardin rustiques ou des vivaces comme les asters (Symphyotrichum) et les hélénies.