Sur les réseaux sociaux, une astuce revient sans cesse : garder ses peaux de banane pour faire repartir des plantes molles ou des rosiers capricieux. Le geste est simple, presque trop beau pour être vrai : on enterre la peau ou on la laisse infuser dans l’eau, et le feuillage est censé reverdir en un clin d’œil.
Avec la hausse du prix des engrais et l’envie de jardiner en mode zéro déchet, cet engrais peau de banane séduit beaucoup de jardiniers amateurs. Des sites comme Gerbeaud y voient un bon apport potassique, tandis que des spécialistes américains rappellent ses limites et risques. Et c’est justement là que le verdict des experts devient intéressant.
Peau de banane : un engrais surtout potassique, pas complet
Une chose est sûre : la peau de banane contient du potassium et un peu de phosphore, des éléments utiles pour les rosiers, tomates et autres légumes-fruits. Le potassium soutient floraison, fructification et résistance au stress hydrique. En revanche, les analyses de jardiniers et agronomes montrent qu’elle apporte très peu d’azote, l’élément clé pour une croissance du feuillage. Sur le plan du trio NPK, elle reste donc très déséquilibrée.
L’astuce la plus populaire reste l’eau de banane : on rince des peaux bio, on les coupe en morceaux puis on en met environ une dans 1 à 1,5 litre d’eau. La macération dure 24 à 48 heures pour les plantes d’intérieur, jusqu’à 7 jours pour un purin plus corsé destiné au potager. Le liquide filtré se dilue ensuite, à raison d’un volume d’extrait pour dix volumes d’eau claire, avant un arrosage tous les quinze jours.
Ce que les experts reprochent à l’engrais peau de banane enterré
Pour Barbara Smith, horticultrice au Clemson Extension Home and Garden Information Center, le souci de fond reste la lenteur de la décomposition. « Les bananes sont constituées principalement d’eau, se décomposeront lentement et ne fourniront pas assez de nutriments », explique-t-elle. L’autrice américaine Pam Farley précise que les peaux se dégradent si lentement que les plantes n’ont pas accès aux minéraux au moment où elles en ont besoin.
Autre point soulevé par Barbara Smith : « Les ajouter à vos plantes peut se retourner contre vous, car les organismes du sol qui décomposent les peaux vont réduire l’azote disponible qui aide les plantes à bien pousser ». Pam Farley avertit aussi sur les animaux fouisseurs : « Le raton laveur, le rat ou l’opossum du quartier adoreraient déterrer votre jardin pour grignoter cette peau de banane ».
Comment utiliser la peau de banane sans décevoir vos plantes
Pour tirer vraiment parti de la peau de banane, les experts recommandent surtout le compost. « L’environnement chaud, humide et aéré du tas de compost permet aux peaux de se décomposer rapidement », décrit Pam Farley. Elles y apportent des traces de calcium, magnésium, phosphates, potassium et sodium qui enrichiront le sol une fois le compost mûr. Certains préparent aussi une eau de banane diluée ou broient des peaux séchées à mélanger au terreau, pour un apport très lent en potassium.
Les rosiers, tomates, courgettes, légumes-racines et beaucoup de plantes à fleurs peuvent profiter de ces apports supplémentaires en potassium, surtout si le sol reçoit déjà compost ou fumier. Mieux vaut éviter en revanche de laisser fermenter des peaux entières dans les pots de plantes d’intérieur, terrain rêvé pour les moucherons. Les jardiniers de terrain rappellent aussi l’intérêt d’un test de sol ; comme le résume Barbara Smith, « contactez le service coopératif de vulgarisation de votre État pour savoir comment envoyer un échantillon de sol à analyser ». De quoi savoir si vos plantes manquent vraiment de potassium ou d’un tout autre élément.