Sur un mur humide, sur un piquet au bord du bassin ou sur une tige de roseau, une grappe d’œufs roses peut sembler presque décorative. Beaucoup de jardiniers la remarquent sans se douter qu’elle signale l’arrivée d’un visiteur bien moins sympathique que prévu.
Ces pontes étonnantes ont pourtant été identifiées en France comme le signe de la présence d’un mollusque exotique capable de ravager plantes aquatiques et jeunes pousses. L’alerte est prise très au sérieux par les autorités, car ces amas doivent être retirés et pris en charge sans attendre. Et ce détail visuel suffit déjà à les reconnaître.
Reconnaître ces œufs roses d’escargot-pomme dans le jardin
Derrière ces grappes se cache le genre Pomacea, dont Pomacea canaliculata, plus connu sous le nom d’escargot-pomme ou ampullaire. Cet escargot d’eau douce, originaire d’Amérique du Sud, vit dans les zones humides, mais il se déplace aussi sur la terre ferme pour se nourrir. La femelle colle ses œufs en gros amas serrés, d’un rose vif presque fluorescent, toujours hors de l’eau, sur tout support disponible près d’un plan d’eau.
On observe ces pontes sur des tiges de plantes aquatiques, des piquets, des pontons, des rochers, mais aussi sur des murs de jardin dans les secteurs humides. Chaque masse rassemble plusieurs centaines d’œufs, et une femelle peut en produire des milliers au cours de sa vie, ce qui rend la prolifération extrêmement rapide. En France, la présence de Pomacea a été signalée pour la première fois en juillet 2018 à Fréjus, dans le Var, après des introductions liées à l’aquariophilie.
Pourquoi ces œufs roses de Pomacea sont un vrai danger
Une fois éclos, les jeunes escargots-pomme broutent sans relâche les plantes aquatiques et les jeunes pousses tendres. Ils peuvent décimer en peu de temps les végétaux d’un bassin ornemental, d’une mare de jardin ou des abords d’un cours d’eau. Quand la végétation disparaît, l’équilibre de l’écosystème se dérègle, les algues indésirables prennent le dessus et l’eau s’appauvrit en oxygène, au détriment des poissons et des amphibiens.
La question de la santé humaine se pose aussi. Ces mollusques peuvent héberger des parasites, en particulier le ver Angiostrongylus cantonensis, associé à une forme de méningite éosinophilique. Le risque concerne surtout la consommation d’escargots crus ou insuffisamment cuits, ce qui impose de ne jamais les utiliser comme aliment. L’Union européenne classe les Pomacea parmi les espèces invasives faisant l’objet de mesures strictes, renforcées par un règlement d’exécution du 23 juillet 2024 qui encadre leur introduction et leur détention.
Comment retirer et signaler ces œufs roses dans votre jardin
Dès qu’un amas d’œufs roses dans le jardin vous semble suspect, la règle est d’agir vite, mais méthodiquement. Les services de l’État recommandent d’abord de documenter la découverte avant de toucher à quoi que ce soit. Une bonne série de photos nettes de la grappe, de près et de loin, permet ensuite aux spécialistes de confirmer l’identification.
Pour le retrait lui-même, enfilez des gants et évitez le contact direct avec les mains. L’idéal est de décoller la masse avec une spatule ou en prélevant le morceau de support (branche, tige, pierre). Placez ensuite le tout dans un récipient hermétique que vous mettez au congélateur afin de détruire les embryons. Gardez-le en attendant les consignes des services compétents : DRAAF ou SRAL de votre région, Office français de la biodiversité, qui pourront organiser, si besoin, un envoi vers le laboratoire de référence de l’ANSES – Laboratoire de santé animale (LSV). Inspecter régulièrement vos bassins et ne jamais relâcher plantes ou escargots d’aquarium dans la nature reste le meilleur moyen d’éviter de revoir ces grappes roses près de chez vous.