Une grande vivace aux fleurs rose bonbon, très présente le long des rivières et dans de nombreux jardins, se retrouve aujourd’hui dans le viseur de Bruxelles. Sans bruit, cette plante ornementale très appréciée est passée du statut de chouchoute des jardiniers à celui d’ennemie déclarée de la biodiversité.
Car derrière ses airs inoffensifs, cette espèce est désormais classée parmi les espèces exotiques envahissantes de préoccupation pour l’Union européenne. Il s’agit de la Balsamine de l’Himalaya, ou Impatiens glandulifera, et son encadrement juridique concerne aussi les particuliers qui la cultivent déjà. Avant de supprimer un massif entier, il faut comprendre ce que cette interdiction implique vraiment.
Balsamine de l’Himalaya interdite : pourquoi cette belle plante pose problème
Originaire de la région de l’Himalaya, la balsamine a été introduite en Europe comme plante ornementale, pour sa floraison spectaculaire de juillet à septembre et sa croissance rapide. Cette annuelle peut dépasser 2 mètres, avec des tiges creuses, des feuilles lancéolées regroupées par trois et de grandes fleurs en forme de casque, très mellifères, ce qui a séduit des générations de jardiniers.
Son succès repose aussi sur une capacité de colonisation hors norme. Chaque pied peut produire environ 800 graines, projetées jusqu’à 6 mètres et facilement emportées par l’eau. Dans les milieux naturels, elle recouvre alors les berges, étouffe la flore locale et modifie les habitats, comme l’ont déjà constaté plusieurs réserves naturelles du sud de l’Europe. Une fois installée, son contrôle devient difficile, même pour les gestionnaires de parcs urbains.
Balsamine de l’Himalaya : ce que prévoient la loi européenne et la loi française
Au niveau européen, la plante est visée par le Règlement (UE) n° 1143/2014 sur les espèces exotiques envahissantes. Elle figure sur la « liste de l’Union » depuis le règlement d’exécution (UE) 2017/1263, entré en vigueur le 2 août 2017, puis rappelée lors de la mise à jour 2025 (règlement 2025/1422). Son inscription entraîne une série d’interdictions pour tous les États membres : introduction sur le territoire, mise sur le marché, culture, reproduction, transport et libération dans la nature sont proscrites.
En France, ce cadre européen se traduit dans le Code de l’environnement, à l’article L411-6, et par l’arrêté du 14 février 2018 qui cite explicitement la Balsamine de l’Himalaya pour la métropole. Pour un particulier, cela signifie qu’il est interdit de la semer, de la planter ou de la multiplier, mais aussi de la vendre, de l’acheter ou de l’échanger, même entre voisins. Les jardineries ont dû retirer cette espèce de leurs catalogues, y compris en ligne.
Que faire si vous avez déjà de la balsamine de l’Himalaya, et par quoi la remplacer
La réglementation vise surtout à éviter toute nouvelle dissémination. Si la plante est déjà installée chez vous, la priorité consiste donc à limiter la production de graines. Les travaux de terrain montrent qu’une coupe ou un arrachage trop tardifs peuvent encore laisser le temps à des fleurs de produire des graines viables, d’où l’intérêt d’intervenir avant la floraison. Sur un petit massif, un arrachage manuel complet, racines comprises, sur sol humide, reste souvent la solution la plus efficace.
Les tiges et racines ne doivent pas être abandonnées dans la nature ni sur un tas de compost ouvert, où des graines pourraient finir leur maturation. Il est recommandé de les faire sécher à part puis de les déposer en déchetterie ou avec les ordures ménagères, en suivant les consignes de votre commune. Pour conserver un jardin fleuri sans risquer d’enfreindre la loi, des alternatives existent : lavande, marguerites et sauge des prés offrent des floraisons généreuses, favorisent les pollinisateurs et n’ont pas d’effet envahissant connu. Des ateliers de jardinage plus responsable, proposés par certaines collectivités ou associations, aident désormais les particuliers à repenser leurs massifs avec des espèces locales ou peu risquées.