Chaque année, le spectacle recommence. À partir de la fin de l’été, les hirondelles se rassemblent, virevoltent en groupe au-dessus des champs et se posent en nombre sur les fils électriques. Puis, entre août et octobre, celles qui migrent quittent progressivement nos régions pour prendre la direction de l’Afrique, avec plusieurs milliers de kilomètres à parcourir.
On pourrait croire qu’un matin un peu trop frais suffit à leur donner le signal du départ. Le mécanisme est plus subtil. Si leur migration leur permet de continuer à trouver les insectes dont elles se nourrissent, un autre phénomène joue un rôle déterminant dans la préparation du voyage : la diminution progressive de la durée du jour.
Ce signal indique aux hirondelles que le moment du départ approche
À mesure que l’été s’efface, les journées deviennent plus courtes. L’organisme des oiseaux perçoit cette variation de lumière appelée photopériode. D’après Reporterre, c’est cette évolution de la durée du jour, et non directement la baisse des températures, qui sert de déclencheur au grand départ. Cette modification provoque des changements hormonaux. Le corps des hirondelles se met alors en ordre de marche : elles accumulent les réserves de graisse dont elles auront besoin pendant leur migration et leurs plumes se renouvellent.
Les jours précédant le voyage sont aussi consacrés à une activité capitale : manger. Les hirondelles sont insectivores et capturent leurs proies en plein vol. La raréfaction progressive de cette nourriture en Europe pendant la mauvaise saison explique pourquoi rester sur place deviendrait particulièrement compliqué. Toutes les hirondelles ne suivent d’ailleurs pas ce calendrier. Les espèces vivant dans certaines régions tropicales et subtropicales peuvent rester sur place, tandis que d’autres se déplacent pour échapper à des périodes de sécheresse ou de fortes pluies.
Quand les hirondelles quittent-elles vraiment la France ?
Pour les hirondelles présentes dans l’hémisphère Nord, le grand départ se déroule généralement d’août à octobre, avant un retour qui s’échelonne de février à avril. Mais il n’existe pas une date inscrite dans le calendrier que tous les oiseaux respecteraient à la lettre. Plusieurs éléments peuvent modifier le moment du départ. La disponibilité des insectes compte beaucoup. Lors d’une année particulièrement chaude ou sèche, certaines hirondelles peuvent partir dès la fin juillet. À l’inverse, leur présence peut se prolonger jusqu’à la mi-octobre.
La reproduction entre aussi dans l’équation. Une seconde couvée peut naître à la fin juillet ou au début du mois d’août. Les œufs doivent alors être couvés pendant environ 15 jours, puis les parents s’occupent des petits durant au moins un mois. Tant que les jeunes ne sont pas capables d’affronter le trajet, toute la famille n’est pas prête à prendre la route. Certains repères permettent donc de mieux comprendre cette période :
- départ : généralement de la fin de l’été à l’automne ;
- destination : principalement l’Afrique subsaharienne ou équatoriale, selon les populations et les espèces ;
- distance : plusieurs milliers de kilomètres, avec certains trajets dépassant 10 000 km ;
- alimentation : des insectes capturés en vol pendant une partie du voyage ;
- retour : à partir de la fin de l’hiver et au printemps.
Comment les hirondelles parcourent-elles des milliers de kilomètres ?
Le voyage n’a rien d’une promenade. Contrairement à certains grands oiseaux migrateurs, les hirondelles ne se contentent pas de planer. Elles doivent battre des ailes et dépensent donc énormément d’énergie. Elles profitent tout de même des courants d’air pour ménager leurs efforts. Elles peuvent avancer de 200 à 300 km par jour, à une vitesse comprise entre 40 et 50 km/h. Pour continuer à s’alimenter, elles suivent des zones où la température tourne autour de 10 °C, suffisamment douces pour maintenir une activité des insectes. Elles chassent alors en plein vol, souvent à moins de 100 mètres du sol.
Certains passages deviennent beaucoup plus périlleux. La traversée de la Méditerranée, puis celle du Sahara, offrent moins de possibilités de se nourrir. Les tempêtes, la faim et les prédateurs compliquent encore ce périple qui peut demander plus d’un mois avant l’arrivée sur les sites d’hivernage africains. Reste une énigme fascinante : leur orientation. Des expériences réalisées sur d’autres oiseaux migrateurs ont mis en évidence le rôle possible du Soleil, des étoiles et du champ magnétique terrestre. Mais les sources soulignent qu’aucune hirondelle n’a été utilisée dans ces expériences. Leur capacité à retrouver leur route sur des milliers de kilomètres conserve donc encore une part de mystère.