Marcher en forêt pourrait apaiser l’esprit et changer notre perception de nous-mêmes, selon une étude

Et si votre prochaine marche en forêt changeait un peu plus que votre niveau de stress ? Une équipe de l’Université de Turku, en Finlande, s’est penchée sur la façon dont le temps passé dans la nature influence notre manière de nous voir. Les résultats suggèrent que ces moments verts ne font pas qu’apaiser l’esprit : ils peuvent modifier en douceur notre rapport à nous-mêmes. De quoi regarder les arbres d’un autre œil.

Les chercheurs ne se sont pas contentés de mesurer le bien-être immédiat, mais ce que la psychologie nomme le bien-être eudaimonique : sens de la vie, croissance personnelle, relations qui comptent. L’étude montre que la marche en forêt peut nourrir cette dimension profonde en offrant un espace pour réfléchir à ses valeurs et à ses choix. La promesse n’est pas une recette miracle, plutôt un cadre propice à une forme de paix intérieure durable.

Marcher en forêt et bien-être eudaimonique : ce que montre l’étude finlandaise

L’étude, publiée dans la revue People and Nature et dirigée par le doctorant Joha Järekari, repose sur une enquête auprès de 158 habitants de Turku. Grâce à un questionnaire en ligne (méthode PPGIS via la plateforme Maptionnaire), chacun a indiqué sur une carte les lieux qui comptaient pour lui et expliqué pourquoi. Il ne s’agissait pas de performance physique, mais d’autonomie, de sens et de gestion du quotidien. L’Université de Turku résume ainsi : « Les expériences dans la nature donnent de la profondeur et du sens à la vie ».

Dans un second temps, 20 participants âgés de 15 à 24 ans ou de plus de 60 ans ont rejoint des ateliers d’écriture créative. Guidés par le cadre de Carol Ryff, ils ont décrit comment ces lieux de nature les aidaient à s’accepter et à cultiver des relations significatives. L’article présentant les travaux rappelle que le bien-être eudaimonique va « au-delà du plaisir momentané » et touche au « sentiment de but, au développement personnel, à l’acceptation de soi et aux relations qui comptent ». Les récits ont été collectés entre mai et juin 2020, au début de la pandémie.

Paix intérieure, identité et liens aux autres : comment la nature agit sur l’esprit

Un résultat fort émerge de l’ensemble : qu’ils soient jeunes ou âgés, les participants décrivent la nature comme un espace sans jugement. Les auteurs rapportent qu’ils avaient le sentiment que « la nature ne les jugeait pas ». Ce silence sans attentes devient un refuge émotionnel, où il n’y a ni regard social ni performance à fournir. Les plus jeunes y trouvent une solitude qui ne fait pas mal, loin des écrans ; les plus âgés, un lieu pour marcher lentement, se souvenir et partager avec proches ou petits-enfants.

Les chercheurs parlent de deux connexions nourries par la marche en forêt : vers l’intérieur, et vers l’extérieur. Vers l’intérieur, beaucoup disent mieux comprendre ce qui compte, prendre des décisions plus cohérentes avec leurs valeurs et se sentir plus autonomes. Vers l’extérieur, ils évoquent des liens renforcés avec la famille, les amis, mais aussi avec les autres espèces et l’écosystème dans son ensemble. Pour les auteurs, ces expériences naturelles deviennent un terrain où l’on peut essayer d’être soi, tester d’autres façons de penser et réaffirmer ses valeurs.

Comment profiter de la marche en forêt sans ignorer l’éco-anxiété

Les auteurs restent prudents : leur travail repose sur des ressentis, dans un contexte finlandais en 2020. Ils notent aussi que la crise écologique et l’éco-anxiété peuvent assombrir l’expérience, surtout chez les jeunes, qui décrivent parfois culpabilité et inquiétude en voyant forêts abîmées ou rivières polluées.

Les chercheurs évoquent une piste simple : revenir souvent dans un même bois ou parc, marcher lentement, s’autoriser des minutes de pause silencieuse. Sans plan compliqué, ces rendez-vous réguliers avec la nature deviennent un temps mis à part pour écouter ce qui se passe en soi, et ajuster peu à peu sa vie à ce qui compte vraiment.