Un coin de massif grillé par l’été, la terre nue, deux arbustes épuisés : beaucoup de jardins ressemblent à cela en septembre. Il suffit pourtant de trois touffes d’échinacée plantées en fin de mois pour que le décor change. Les grands capitules rose pourpré se mettent en place, puis un vulcain vient s’y poser presque chaque après-midi ensoleillé. Le coin terne commence soudain à bouger.
Voir revenir les papillons d’automne dans ce type de recoin fait vite oublier l’effort de plantation. Ces lépidoptères participent à la pollinisation et profitent de ces fleurs tardives quand beaucoup d’autres ont cessé de produire du nectar. Avec une simple touffe d’Echinacea purpurea, robuste vivace nord-américaine, un bout de jardin sec devient à la fois buffet, piste d’atterrissage et abri. Tout se joue dans la forme de la fleur.
Pourquoi l’échinacée transforme un coin terne en refuge à papillons
Contrairement à ce que l’on pense souvent, ce ne sont pas seulement les couleurs vives qui attirent les papillons, mais surtout l’architecture du capitule. Chaque fleur d’échinacée porte un disque de 10 cm de diamètre, au centre duquel se dresse un cône bombé de 2 à 3 cm, ferme au toucher. Les papillons ne butinent pas en vol stationnaire : ils ont besoin de poser leurs six pattes sur une surface stable, exactement ce que leur offre ce cœur cartonneux.
Ce cône n’est pas une seule fleur, mais un ensemble de plusieurs centaines de fleurons minuscules qui s’ouvrent en spirale de la base vers le sommet pendant environ trois semaines. Le même capitule fournit donc du nectar pendant près d’un mois, de début juillet à la fin octobre selon les régions, grâce aux tiges secondaires qui prennent le relais. Entre 14 h et 17 h, lorsque la température dépasse 17 °C, vulcains, belles-dames et paons-du-jour se succèdent ; le matin, les cônes restent souvent froids et déserts.
Planter l’échinacée à l’automne pour attirer les papillons
L’automne offre une fenêtre pour installer ce futur refuge à papillons. Tant que la terre reste au-dessus de 12 °C, jusqu’à fin octobre, les racines s’ancrent tranquillement et la touffe démarre deux à trois semaines plus tôt l’année suivante. Les racines pivotantes descendent à 50 ou 60 cm, ce qui explique la tenue impeccable de la plante pendant les étés secs où tant d’annuelles abandonnent avant le 15 août.
Pour que la scène fonctionne, on plante en groupes impairs de 3 ou 5 pieds, espacés de 40 cm en triangle, soit trois plants par mètre carré. Le sol se travaille sur 30 cm de profondeur, avec des gravillons en fond de trou si la terre est lourde, sans compost frais, seulement un peu d’engrais au sang et à la corne et un arrosage soigné.
- 6 h de soleil direct, à l’abri du vent ;
- un sol drainé, jamais d’humidité stagnante ;
- un arrosage de 5 litres à la plantation puis 3 litres pendant six semaines s’il ne pleut pas.
Entretenir l’échinacée pour les papillons et les oiseaux
De juillet à octobre, la floraison se prolonge grâce aux tiges qui se succèdent. On coupe les fleurs fanées jusqu’à la mi-septembre, ensuite on laisse les cônes se former. On privilégie des formes simples comme ‘Magnus’ ; les variétés à fleurs doubles rendent le nectar moins accessible aux papillons.
On ne coupe pas les tiges en automne : on les garde jusqu’au début mars. Les cônes secs nourrissent les chardonnerets et les tiges servent d’abri. Juste avant le redémarrage, on rabat tout à 10 cm et on divise les touffes qui vieillissent. La plante encaisse le gel ; en sol argileux, c’est plutôt l’humidité stagnante qui la met en danger.