Fin d’été, ces petites lanternes qui s’allument dans les massifs intriguent : même silhouette de cage de papier, même tige dressée, même fruit rond à l’intérieur. Certains les goûtent en pensant à un dessert, d’autres les coupent pour les bouquets secs. Derrière ce décor identique se cachent pourtant deux plantes bien différentes.
Entre le physalis comestible, star des assiettes, et la fleur lanterne purement ornementale, la confusion est fréquente au jardin. Les noms n’aident pas : amour-en-cage, lanterne chinoise, physalis… On comprend que beaucoup hésitent avant de croquer. Un détail de couleur et de comportement dans le sol suffit pourtant à trancher.
Physalis, fleur lanterne et amour-en-cage : pourquoi on les confond au jardin
Les deux plantes appartiennent à la famille des Solanacées, comme la tomate. Elles forment le même « lampion » : un calice accrescent qui se gonfle et entoure le fruit. Chez le coqueret du Pérou (Physalis peruviana) comme chez l’alkékenge (Physalis alkekengi, aujourd’hui classé Alkekengi officinarum), cette enveloppe sèche en prenant un aspect de papier, très reconnaissable. Beaucoup de jardiniers appellent donc tout cela « physalis ».
En réalité, le coqueret du Pérou est une plante buissonnante d’environ 1 mètre, frileuse, souvent cultivée en annuelle. Originaire d’Amérique du Sud et aussi cultivée en Nouvelle-Zélande ou en Afrique du Sud, elle a valu le nom de groseille du Cap à ses fruits. Ceux-ci, de la taille d’une cerise, ont un goût sucré-acidulé et renferment des vitamines, au point que des marins portugais les ont utilisés contre le scorbut. L’alkékenge, lui, forme une touffe vivace d’environ 75 cm, recherchée pour ses lanternes orange à rouge destinées aux bordures et bouquets secs, bien plus que pour la consommation.
Feuillage, lanternes, rhizomes : les bons critères pour distinguer physalis comestible et fleur lanterne
Pour reconnaître en moins d’une minute ce que vous avez sous les yeux, le lampion donne un indice majeur. Sur le coqueret du Pérou, le calice reste vert, puis jaunit ou brunit en séchant et finit par s’ouvrir, laissant voir un fruit bien orangé. Sur la lanterne chinoise, au contraire, le calice devient lui-même orange vif à rouge-orangé et reste fermé comme un petit ballon de papier. Les fleurs confirment : jaune à cinq taches brun foncé chez Physalis peruviana, crème en clochette chez l’alkékenge.
Le port et le comportement dans le sol complètent le portrait. Un pied qui se contente de sa place, disparaît avec le froid et doit être ressemé chaque année évoque le physalis comestible. Une touffe qui revient d’année en année, en envoyant des rejets un peu plus loin grâce à ses rhizomes, signale nettement la lanterne chinoise. Quand vous voyez surgir de nouvelles tiges orange à distance du pied d’origine, il s’agit presque toujours d’alkékenge plutôt que de coqueret du Pérou.
Que faire une fois la bonne plante identifiée : coqueret du Pérou ou lanterne chinoise
Si votre plante est le coqueret du Pérou, vous avez affaire à une espèce de potager. On peut la semer très facilement à partir de graines prélevées sur un fruit, comme le décrivent les jardiniers allemands : semis au chaud en fin d’hiver, plantation après les saints de glace à un emplacement ensoleillé, comme pour une tomate. Les premiers fruits apparaissent en général en septembre ; en pleine terre, ils manquent parfois de temps pour mûrir, ce qui explique l’intérêt d’une culture sous serre et d’un hivernage hors gel. Conservés dans leur calice, les fruits se gardent 30 à 45 jours.
Si vous avez identifié une lanterne chinoise, l’enjeu devient la gestion de cette vivace traçante. Ses rhizomes peuvent vite coloniser un massif : mieux vaut l’installer dans une zone délimitée ou dans un grand pot enterré. Les lanternes orange à rouge s’allument en fin d’été et sèchent très bien pour les compositions ; on les coupe dès qu’elles sont bien colorées. Le fait de voir la plante revenir fidèlement chaque année, en gagnant du terrain, est d’ailleurs un signe sûr que vous avez affaire à une fleur lanterne ornementale plutôt qu’à un physalis destiné au dessert.