À flanc de montagne, dans le Val di Non, un homme marche seul parmi les herbes et les pierres. À 78 ans, Ferruccio « Fèro » Valentini passe ses journées dehors, à observer les plantes qui l’entourent, à en cueillir certaines pour se nourrir ou préparer des infusions. Il a très peu d’argent, ne fréquente presque plus les supermarchés et garde son téléphone éteint des jours entiers.
Ce choix de vie, raconté par la chaîne YouTube italienne The Pillow puis par Marie France, RaiNews ou le Corriere della Sera, intrigue bien au-delà du Trentin. Car Fèro, que beaucoup surnomment l’homme des bois, résume tout en une phrase : « Pour moi, la liberté, c’est de décider quand et où aller : cela n’a pas de prix« .
Fèro Valentini, l’homme des bois du Val di Non
Né en 1948 à Tuenno, un village du Trentin, Ferruccio Valentini a grandi dans une ferme. Il raconte que sa passion vient de là : « Quand j’étais enfant, j’ai commencé à récolter. Je soignais toujours les animaux avec des remèdes naturels« , confie-t-il dans la vidéo de The Pillow. Les plantes l’accompagnent donc depuis l’enfance, bien avant qu’il ne devienne ce personnage à part du Val di Non.
Un épisode l’a marqué : ce veau que son père pensait perdu. « Mon père disait que ce veau ne tiendrait pas deux heures. Et je lui ai répondu que je n’étais pas d’accord. J’ai préparé une bonne infusion avec de l’eau d’orge et du riz. Deux heures plus tard, son ventre a commencé à dégonfler et, au final, il s’est rétabli« , raconte Fèro. Cet essai réussi a nourri son envie de comprendre les pouvoirs des plantes, qu’il n’a plus cessé d’étudier.
La forêt comme supermarché, le village comme point d’ancrage
Aujourd’hui, Fèro partage son temps entre sa maison de Tuenno et les pentes du Monte Peller ou de la malga Culmei. Pour RaiNews – TGR Trento, il résume simplement : ce lieu est son supermarché. Les journalistes qui l’ont accompagné ont mesuré, au printemps, des journées de cueillette impressionnantes : jusqu’à 19 kilos de silène, 30 kilos de pissenlit et 29 kilos d’ail des ours. De quoi remplir son assiette et préparer tisanes, décoctions ou ce « café » de racines de pissenlit dont parle le site Nonsprecare.
Fèro ne se présente pourtant pas comme guérisseur. Nonsprecare insiste : ses préparations restent des infusions et des décoctions, pas des thérapies médicales. Lui se voit surtout comme un passeur de savoirs, nourri par la lecture d’auteurs comme le médecin et botaniste Pietro Andrea Mattioli. « Je n’ai pas de secrets. Si je trouve quelque chose de naturel qui aide à combattre des maladies ou quoi que ce soit d’autre, c’est toujours bien de le partager. Cela fait partie de la recherche« , explique-t-il.
Très peu d’argent, beaucoup de temps : sa vraie richesse
Avec l’âge, Fèro a encore réduit ses besoins. Il affirme vivre avec très peu d’argent, sans que cela soit un problème : « Je suis heureux avec très peu. Cela ne me dérange pas. Je n’en ai pas besoin« , confie-t-il. Son téléphone portable reste souvent éteint, la technologie le laisse froid, et il préfère consacrer le temps qui lui reste à ce qui le fait se sentir vivant : la marche, la cueillette de plantes sauvages, l’observation du ciel et des saisons.
« Maintenant que je vieillis, il me reste peu de temps. Et je veux le consacrer à moi-même, en profiter comme il me plaît. Être en contact avec la nature, pour moi-même…« , dit-il encore. Pour lui, la vraie richesse n’est ni sur un compte en banque ni dans des objets, mais dans la possibilité de partir quand il le souhaite, de choisir son rythme et ses chemins.
Cette relation à la terre a une autre facette, plus combative. « Je me sens un peu comme un gardien. Et quand les institutions abusent de ma terre, je me mets un peu en colère. Alors j’essaie de les arrêter. Parfois j’y arrive, parfois non« , explique-t-il dans le reportage relayé par Il Dolomiti. Cette posture lui a valu le surnom d’ »òm dal bósch », l’homme du bois.
Pour Fèro, les heures passées à fouiller les sous-bois restent avant tout une expérience intérieure : « Pour moi, c’est de la méditation. C’est quelque chose de beau. Quelque chose qui m’enrichit ; c’est un cadeau. Pour moi, chaque jour est un cadeau« . Son histoire a été rassemblée dans un livre, Alchimista dei boschi, publié par Ponte alle Grazie, et dans plusieurs reportages, du Corriere della Sera – Sette à RaiNews, qui suivent ce vieil homme libre au milieu des arbres.