Terrasse transformée en torrent, allée couverte de graviers emportés, pelouse noyée pendant des jours… Les pluies diluviennes s’enchaînent et les jardins encaissent, parfois très mal. Entre flaques persistantes, remontées d’humidité et caves menacées, beaucoup de particuliers voient bien que leur terrain n’arrive plus à gérer ces averses intenses.
La jardinière et chroniqueuse américaine Jessica Damiano raconte ainsi qu’une tempête a récemment métamorphosé son allée en rapides et couché ses vivaces, au point de la pousser à repenser entièrement l’évacuation de l’eau. Sa solution passe par un type de massif encore méconnu en France : le jardin de pluie. Un massif capable de boire les orages.
Jardin de pluie : un bassin végétal qui maîtrise les eaux de ruissellement
Un jardin de pluie, ou jardin de biorétention, est une dépression aménagée dans le sol et plantée de vivaces, graminées et arbustes adaptés aux excès d’eau. L’idée est simple : l’eau qui dévale de la descente de gouttière, de l’allée ou d’un sol compacté est dirigée vers cette cuvette, profonde d’environ 15 cm, où elle va s’accumuler puis s’infiltrer doucement.
Au passage, ce bassin vivant filtre une partie des sédiments routiers, débris, résidus de fertilisants, produits chimiques ou micro-organismes venus des déjections animales, avant que l’eau n’atteigne les drains pluviaux, les bassins versants ou les zones humides voisines. Le jardin de pluie limite aussi les infiltrations le long des fondations et l’eau dans le sous-sol, tout en restant un véritable massif d’ornement.
Où et comment créer un jardin de pluie chez soi
Les spécialistes recommandent d’implanter ce type de massif à au moins 3 m de la maison, du garage ou de toute autre construction, jamais au-dessus d’une fosse septique, de réseaux enterrés ou à proximité d’un puits. On évite aussi les zones déjà détrempées en permanence, signe que le sol ne laisse presque pas passer l’eau.
Sur un terrain classique, on vise souvent une surface de 9 à 30 m², dessinée en forme de haricot, de croissant ou de cercle pour un rendu naturel. Le centre est creusé de 15 à 30 cm, tandis que le pourtour forme une légère butte qui retient l’eau. L’eau y est amenée depuis la descente de gouttière ou une zone de ruissellement par une extension de gouttière, un léger talus, une rigole ou un tuyau enterré en PVC, dont on casse la force avec quelques pierres.
Plantes indigènes, drainage et entretien : les clés d’un jardin de pluie durable
Les jardiniers nord-américains privilégient des plantes indigènes, déjà adaptées au climat local, moins gourmandes en soins et très utiles à la faune. Le Lady Bird Johnson Wildflower Center propose par exemple un outil de recherche de plantes par zone et type de sol. Le principe à retenir est simple : au centre de la cuvette, on installe les plantes les plus gourmandes en eau, tout autour celles qui préfèrent un sol simplement frais.
On peut associer vivaces fleuries, graminées et arbustes, voire quelques persistants pour mieux maintenir le sol et limiter l’érosion. Pendant la première année, ces plantations demandent un arrosage de secours en l’absence de pluie et un désherbage régulier, le temps que les mottes s’installent et couvrent la terre. Ensuite, l’entretien reste limité.
Si, malgré tout, l’eau stagne plus de deux jours, le sol est sans doute très argileux, compacté ou en cuvette. Le Parisien rappelle que ces configurations favorisent les jardins gorgés d’eau et présentent le drainage en arête de poisson, un réseau de tranchées en épis utilisé autrefois par les agriculteurs, comme solution complémentaire. Un tel drainage peut alors aider le jardin d’infiltration à jouer pleinement son rôle lors des prochaines averses extrêmes.