Ce jardin partagé aide les enfants des villes à renouer avec le vivant et les légumes

Au milieu du quartier du Plessis, à Yzeure, les rires d’enfants se mêlent au bruissement des feuilles. Dans les allées des Jardins à la Prévert, ce vaste espace municipal proche de Moulins dans l’Allier, des petits en bottes en caoutchouc froissent des feuilles vertes entre leurs doigts, les portent à leur nez, hésitent, puis lancent un « ça sent le citron ! » étonné.

Pour beaucoup, cette matinée est leur premier vrai contact avec un potager, loin des rayons bien alignés du supermarché. Carotte, verveine, citrouille ne sont plus de simples mots appris en classe : ils deviennent des formes, des odeurs, des saveurs. Et une question se pose aussitôt : comment ce jardin partagé réussit-il à reconnecter ces enfants des villes au vivant ? Tout commence par une tisane.

Un jardin pédagogique à Yzeure qui réveille les sens des plus petits

Dès l’arrivée, les groupes sont invités à cueillir des plantes aromatiques. Un accompagnateur lance, presque comme un secret : « On dit que ce sont des plantes magiques ! Ce sont des plantes qui peuvent sentir un fruit ». Les enfants écrasent délicatement les feuilles de verveine citronnée ou de menthe entre leurs doigts, reniflent, comparent, argumentent. Plus tard, ils goûteront la tisane préparée avec leur récolte et vérifieront si cette promesse de citron tient vraiment dans la tasse.

L’expérience se poursuit par une chasse au trésor dans les allées : « Une pomme de terre, des feuilles, un papillon, des citrouilles… », liste la maîtresse. Pour l’enseignante, cette sortie s’inscrit dans un projet construit : « La visite des jardins fait partie de notre projet d’école. Les cinq classes de l’école maternelle viennent deux fois par an. En amont, on a beaucoup travaillé sur le langage du jardin, la catégorisation, les outils, les fruits, les légumes… Là, on arrive sur quelque chose de concret. Les enfants retiennent mieux. » Les mots appris en classe se fixent alors sur des objets qu’ils tiennent dans la main.

Du potager à l’assiette, un lien que les enfants urbains avaient perdu

Après la tisane, vient le moment d’entrer dans le potager, guidés par Pierre-Éric Langelle, responsable du chantier d’insertion et des actions pédagogiques. Il résume ce qui l’anime au quotidien : « Ce qui me plaît avec les enfants, c’est leur spontanéité et le démarrage des connaissances. C’est intéressant de pouvoir partager avec eux. Un enfant qui vit dans un milieu urbain n’a plus forcément de lien avec le vivant ou le légume. Une carotte, il la voit sur l’étal du supermarché mais il perd le lien avec le jardin. C’est essentiel que l’on puisse leur partager ça. » Les légumes deviennent ici des organismes que l’on arrache à la terre, pas seulement des produits emballés.

Selon les documents de la ville, environ 900 enfants par an, issus des écoles, crèches et centres de loisirs, participent aux animations des Jardins à la Prévert. Les classes de maternelle filmées par France 3 viennent deux fois par an : une fois au printemps, une autre en automne. Au programme, cueillette, observation des insectes, récolte, puis confection d’une soupe avec les légumes du jour. Quand ils repartent, ces petits citadins savent d’où vient la carotte qu’ils ont épluchée eux-mêmes.

Les Jardins à la Prévert, un projet municipal solidaire qui inspire les familles

Nés en 2002 à l’initiative de la commune, les Jardins à la Prévert s’étendent sur environ 8 hectares, dont 1,5 hectare cultivé en agriculture biologique. Le site abrite un chantier d’insertion qui accompagne 16 personnes vers l’emploi tout en produisant les légumes. Une partie de cette production alimente des paniers hebdomadaires distribués, via le Centre communal d’action sociale, à des familles sélectionnées, qui choisissent leur panier avec le jardinier. Le lieu revendique une devise simple : « semer, récolter, donner, échanger », et organise chaque année une Fête des Jardins début ou mi-septembre, ouverte à tous.

Pour les parents ou enseignants qui n’ont pas 8 hectares sous la main, l’esprit de ce jardin pédagogique reste pourtant facile à adapter. Quelques activités clés, inspirées de Yzeure, suffisent à recréer ce lien au vivant :

  • un coin de plantes aromatiques à sentir puis à infuser en tisane ;
  • une petite chasse au trésor nature dans une cour ou un parc ;
  • un bac à semis pour suivre la germination semaine après semaine ;
  • une séance d’observation d’insectes, loupe en main ;
  • une mini-récolte transformée en soupe ou en salade partagée.

À Yzeure, ce jardin partagé montre qu’un simple potager pensé pour les enfants suffit déjà à retisser le fil entre la ville, la terre et les légumes.