En quelques semaines, la surface d’un joli bassin de jardin peut se transformer en nappe verte compacte, au point de ne plus voir l’eau. La lumière ne pénètre plus, les plantes immergées dépérissent, les poissons semblent moins vifs. Beaucoup de propriétaires pensent alors avoir affaire à des algues tenaces, et hésitent entre laisser faire, tout vider ou utiliser des produits chimiques.
Ces envahisseuses sont en réalité des lentilles d’eau, minuscules plantes du genre Lemna, comme Lemna minor, qui flottent librement à la surface. Dans une eau riche, elles se sont multipliées à une vitesse étonnante, au point que la quantité présente peut doubler en moins de deux jours. Signe intéressant : leur explosion révèle surtout un milieu très favorable, qu’il va falloir rééquilibrer sans brutaliser le bassin.
Lentilles d’eau : pourquoi votre bassin se retrouve envahi
Les spécialistes décrivent un trio de facteurs qui explique presque toujours la prolifération. D’abord une eau chargée en nutriments, surtout en azote et en phosphore issus des feuilles mortes, des déjections de poissons et des restes de nourriture. Les ruissellements d’engrais depuis la pelouse ou les massifs amplifient encore l’enrichissement. Quand les apports dépassent ce que consomment les plantes aquatiques, les lentilles se servent en premier et couvrent vite la surface.
L’absence de mouvement complique tout. Dans une eau calme, abritée du vent, ces petites plantes flottantes restent en surface, se touchent, s’emboîtent et finissent par former un tapis continu. Leur croissance s’accélère au printemps et en été, avec la hausse des températures et la lumière abondante. Une fine couverture reste utile pour ombrer une partie du bassin de jardin, mais lorsque presque toute la surface est masquée, l’équilibre se rompt.
Comment éliminer les lentilles d’eau du bassin sans produits chimiques
La méthode la plus sûre reste le retrait mécanique, à l’ancienne, avec une épuisette à mailles fines ou un petit filet. L’idéal consiste à choisir une journée sans vent, à pousser doucement les lentilles vers un bord avec une planche propre, puis à les ramasser en couches épaisses sans remuer la vase. Dans un bassin très envahi, plusieurs passages rapprochés seront nécessaires. Pour les grandes surfaces, un skimmer de surface peut aider, mais il ne remplace pas ce travail patient.
Une fois sorties de l’eau, les plantes doivent s’égoutter sur la berge. Il est prudent d’y rechercher escargots, larves et autres petits habitants pour les remettre délicatement dans le bassin. Les lentilles communes, bien identifiées et non contaminées, peuvent rejoindre le compost, mélangées à des déchets secs. Il vaut mieux éviter de les rejeter dans un fossé ou une mare voisine, au risque de démarrer une nouvelle invasion. Les produits anti-algues restent inadaptés, car les lentilles sont de vraies plantes aquatiques.
Empêcher le retour des lentilles d’eau et protéger les poissons
Pour éviter de recommencer chaque été, il faut surtout appauvrir l’eau en nutriments. Plusieurs gestes se complètent et finissent par faire la différence.
- Nourrir les poissons en petite quantité, en retirant les restes non consommés.
- Ramasser régulièrement les feuilles mortes qui tombent dans le bassin.
- Limiter les engrais près des berges pour réduire les apports par ruissellement.
- Surveiller la population de poissons, source importante de déchets organiques.
- Entretenir la filtration quand le bassin en est équipé.
Un curage léger de la vase, par petites zones, aide aussi à diminuer le stock de matières organiques sans perturber toute la faune. Installer une végétation variée complète ce travail de fond. Iris des marais, salicaire commune, nénuphars et plantes immergées consomment une partie des nutriments et créent des zones d’ombre qui freinent les lentilles d’eau. Les poissons profitent d’une couverture modérée, mais une surface presque entièrement fermée réduit les échanges gazeux et l’oxygène disponible. Si les poissons respirent en surface ou deviennent apathiques, un apport d’air et quelques ramassages s’imposent, surtout en été.