Au Royaume-Uni, la date du 1er novembre ressemble désormais à un petit tournant pour les jardins. Ce jour-là, des milliers de Britanniques vont pouvoir remettre des graines et cacahuètes dans leurs mangeoires, après une longue pause imposée tout l’été. Ce changement ne vient pas d’une lubie, mais d’un nouveau cadre posé par les associations ornithologiques, qui ont revu en profondeur la façon de nourrir les oiseaux sauvages.
En avril 2026, le British Trust for Ornithology (BTO) et la Royal Society for the Protection of Birds (RSPB) ont annoncé ce tournant, après une vaste revue scientifique des effets du nourrissage sur les oiseaux. Leur message central : passer à un nourrissage des oiseaux vraiment saisonnier pour réduire les risques de maladie tout en gardant l’aide hivernale. Reste à voir comment cette stratégie pourrait inspirer les pratiques françaises.
Nourrissage des oiseaux au Royaume-Uni : ce qui change au 1er novembre
Concrètement, le BTO résume son conseil ainsi : « Le conseil est de distribuer des graines et des cacahuètes de novembre à avril, mais de suspendre leur apport de mai à octobre », explique l’organisation. Ces aliments sont très appréciés des fringilles, précisément les espèces les plus touchées par la trichomonose des fringilles, causée par le parasite Trichomonas. Limiter leur accès pendant la période qui suit la reproduction donne, selon les chercheurs, la meilleure chance de freiner la transmission.
Derrière ce calendrier, la philosophie est claire. Les ornithologues conseillent de nourrir de manière à « réduire l’utilisation répétée des mêmes points de nourrissage par un grand nombre d’oiseaux » et à « encourager le déplacement et le renouvellement, à la manière de zones de nourriture naturelles qui apparaissent et disparaissent », résume le BTO. Autrement dit, éviter les postes fixes, prévisibles et durables où les oiseaux se concentrent trop longtemps au même endroit.
Trichomonose, hygiène et mangeoires : pourquoi les Britanniques changent leurs habitudes
La révision menée par le BTO, la RSPB et l’Institute of Zoology s’appuie sur des années de suivis. Les preuves les plus solides concernent la transmission des maladies aux mangeoires, en particulier la trichomonose des fringilles : des analyses de Hugh Hanmer montrent que la baisse de survie des adultes est plus marquée dans les zones résidentielles, cohérente avec un risque accru aux postes de nourrissage. En parallèle, d’autres aliments comme les vers de farine ou les produits à base de graisse semblent moins impliqués.
Les travaux de Hugh Hanmer et Kate Plummer montrent que la période suivant la reproduction correspond au risque maximal de flambées dans les jardins. Le BTO en tire des gestes concrets et rappelle que « quelle que soit la période de l’année, une bonne hygiène reste essentielle » : distribuer peu mais souvent, nettoyer et déplacer les mangeoires, éviter l’accumulation de déchets sous les perchoirs. L’eau doit être renouvelée chaque jour, avec bols ou plateaux nettoyés chaque semaine. Les mangeoires à surface plane, tables ou plateaux au sol, ressortent comme plus risquées que les modèles suspendus ; un fournisseur comme Vine House Farm a d’ailleurs cessé d’en vendre.
Ce que la France peut tirer du nouveau nourrissage britannique des oiseaux
En France, la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) recommande déjà de limiter fortement le nourrissage aux mois les plus froids, globalement de la mi-novembre à la fin mars, et se montre prudente pendant la période de reproduction. Elle rappelle aussi que des maladies comme la trichomonose des fringilles peuvent se propager quand trop d’oiseaux se rassemblent autour de mangeoires sales ou de points d’eau mal entretenus.
Les nouvelles recommandations britanniques ne contredisent pas ce cadre, mais ajoutent une finesse : distinguer les aliments les plus sensibles, comme les graines et cacahuètes, et souligner l’importance du type de mangeoire et de l’eau. Pour les jardins français, l’enjeu est d’aider les oiseaux sans transformer les mangeoires en foyers durables pour le parasite Trichomonas.