Une averse éclate, le sol est craquelé, l’eau rebondit et file en rigoles. Quand la terre a trop séché, elle n’absorbe presque plus l’eau de pluie ni celle de l’arrosoir, qui se perd par ruissellement. Résultat : plantes assoiffées et arrosages de plus en plus fréquents en plein été. Pour Lionel Alletto, directeur de recherche à l’Inrae, tout commence au moment où la goutte touche la terre : « Quand une goutte d’eau arrive au sol, elle peut s’évaporer, ruisseler ou s’infiltrer. L’objectif est de faire en sorte qu’elle s’infiltre le plus possible », explique-t-il. Transformer sa terre en véritable sol éponge, qui boit rapidement l’eau et la stocke pour les racines, devient alors la meilleure arme contre la sécheresse. Reste à comprendre comment y parvenir durablement.
Pourquoi un sol éponge est d’abord un sol vivant
Un sol, ce n’est pas seulement de la « terre », mais un mélange de gaz, d’eau et de matières solides. Les particules minérales (argiles, limons, sables) s’y associent à la matière organique issue de la décomposition des plantes et animaux morts. En travaillant, bactéries, champignons et vers de terre fabriquent de grandes molécules carbonées, l’humus, qui se lie aux argiles pour former de petits agrégats grumeleux. Ce sol grumeleux laisse mieux circuler l’air, retient les éléments nutritifs et offre à l’eau mille chemins pour s’infiltrer.
Dans ce type de structure, « la porosité est élevée et stable au fil du temps », souligne Lionel Alletto : l’eau de pluie pénètre, le sol se remplit comme un réservoir et les plantes disposent de plus d’eau utilisable. Augmenter la capacité de rétention reste limité : les techniques actuelles ne donnent que « des gains potentiels de 10 % à 15 % au maximum », soit un arrosage tous les six jours au lieu de tous les cinq. Même un sol très argileux, lourd sous la pluie et dur l’été, peut s’améliorer par des apports répétés de matières organiques et des couverts végétaux aux racines variées.
Geste clé : nourrir le sol sans le retourner
Beaucoup de jardiniers bêchent pour « aérer » la terre. Sur le moment, elle paraît plus légère, mais « la porosité que l’on crée s’effondre très vite », prévient Lionel Alletto. Ce travail profond coupe aussi les galeries des vers de terre et les filaments des champignons mycorhiziens, qui s’associent aux racines. « Les mycorhizes démultiplient la surface de contact entre les racines et le sol. Cela optimise la captation d’eau et d’éléments nutritifs », décrit Quentin Vincent, directeur scientifique et cofondateur de Sol et co.
L’idée, pour construire un sol réellement éponge, est donc de laisser cette vie souterraine travailler. On limite le travail du sol au strict nécessaire, en privilégiant la grelinette ou le simple désherbage manuel. On nourrit la faune et les champignons avec des apports réguliers de compost mûr, de broyat de rameaux, de feuilles mortes ou de résidus de culture laissés en surface. Les racines vivantes ou récemment coupées restent en place, structurent le profil en profondeur et ouvrent des voies d’infiltration pour l’eau.
Couvrir, pailler et mieux arroser
Un sol nu : en hiver, la pluie casse les agrégats et forme une croûte où l’eau ruisselle ; en été, il chauffe et s’assèche. « Planter le plus possible », conseille Lionel Alletto, en mêlant arbres, arbustes et vivaces pour garder la terre fraîche.
Quand les plantes ne couvrent pas tout, le paillis végétal prend le relais. « Pailler ne signifie pas forcément “apporter de la paille” ; il s’agit de recouvrir votre sol de matériel végétal », rappelle Quentin Vincent. Un sol couvert garde mieux l’humidité : on arrose moins souvent, en profondeur, tôt le matin, sans laisser l’eau stagner.