Contre un mur nord, en novembre, beaucoup de jardins montrent la même scène : hostas disparus, fougères brunies, terre nue et feuilles mortes. On croit le coin perdu jusqu’au printemps. Pourtant, ce morceau d’ombre froide peut encore afficher des fleurs légères et des feuillages lumineux. L’association du begonia grandis et d’une impatiens vivace bien choisie transforme ce recoin délaissé en décor d’automne très vivant.
Ce type de massif reçoit moins de deux heures de soleil direct entre octobre et mars. Le sol y reste sec l’été à cause des racines du mur ou d’un grand arbre, puis froid et lourd dès les premières pluies, avec des températures de 3 à 11 °C en novembre. Là échouent les plantes de plein soleil. Là s’installent les vivaces d’ombre venues d’Asie, qui démarrent tard et fleurissent après la mi-août.
Bégonia grandis : le bégonia vivace qui éclaire l’ombre en fin d’été
Le Begonia grandis subsp. evansiana, seul véritable bégonia rustique sous nos climats, forme une touffe arrondie de 50 à 60 cm de haut. D’août jusqu’au premier gel sérieux, il porte des grappes de petites fleurs rose tendre, ou blanches pour la variété ‘Alba’. Son plus bel atout reste le revers rouge vif de ses grandes feuilles, qui s’illumine quand le soleil rasant de novembre traverse la scène d’ombre.
D’une rusticité annoncée jusqu’à -15 °C au niveau de la souche une fois installé, ce bégonia vivace disparaît totalement en hiver. On plante le tubercule à environ 5 cm de profondeur, en espaçant les pieds de 40 cm dans un sol drainant enrichi de terreau de feuilles. Il démarre très tard : aucune pousse avant la mi-mai. Mieux vaut donc marquer l’emplacement et pailler avec 5 cm de feuilles mortes la première année. En fin de saison, de minuscules bulbilles brunes, grosses comme un grain de blé, se forment à l’aisselle des feuilles : récoltées puis semées en caissette, elles donnent de nouveaux plants l’année suivante.
Impatiens omeiana : l’impatiens d’ombre qui remplace la balsamine interdite
Sous le nom d’impatiens, deux plantes très différentes circulent encore chez les jardiniers. La balsamine de l’Himalaya, Impatiens glandulifera, impressionne par ses grandes fleurs roses en capuchon, mais elle figure sur la liste européenne des espèces exotiques envahissantes préoccupantes. En France, sa vente, sa plantation et son transport sont interdits. Un seul pied peut produire jusqu’à 2 500 graines projetées à plusieurs mètres lorsque les capsules mûres éclatent.
La bonne compagne du begonia grandis en automne se nomme Impatiens omeiana. Cette impatiens vivace et rustique jusqu’à -12 °C forme un tapis dense de 40 à 50 cm de haut grâce à de courts rhizomes. Chaque feuille lancéolée porte une large bande crème au centre, qui accroche la moindre lumière. Ses fleurs jaune pâle, en petits cornets, s’ouvrent de septembre à fin octobre. Elle ne se ressème pas partout, mais s’étale lentement, de 15 à 20 cm par an.
Composer un massif d’ombre automnal avec bégonia grandis et impatiens
Sur une bande de 2 m² le long d’un mur nord, le décor se construit en strates. Au fond, Isodon longituba monte à environ 80 cm et porte en octobre puis jusqu’à la mi-novembre un nuage de toutes petites fleurs bleu-violet, parfait contre le rose du bégonia. Devant, on place les bégonias vivaces tous les 40 cm, puis l’Impatiens omeiana en nappe du côté le plus humide, et enfin la laîche Carex oshimensis ‘Everillo’ tous les 30 cm en bordure.
On plante ce massif en octobre ou au début du printemps, jamais sur sol gorgé d’eau. Chaque trou reçoit 3 litres de terreau de feuilles, puis un paillis de 5 cm de feuilles mortes broyées. Après les floraisons d’août à novembre, une nuit à -3 °C couche le feuillage qu’il vaut mieux laisser en place pour protéger les souches.