Ce fruit gorgé d’eau commence à pousser en Angleterre : les jardiniers n’en reviennent pas, climatologues inquiets

Sur un allotment, un jardin ouvrier aux portes de Bristol, des jardiniers se sont retrouvés cet été face à une scène inattendue : de grosses boules vertes striées, prêtes à être coupées. Des pastèques, en pleine terre, en Angleterre, après un été caniculaire fait de vagues de chaleur à répétition et de pluies rarissimes. Pour un fruit associé aux pays méditerranéens ou tropicaux, le contraste surprend.

Emma, 47 ans, gère deux parcelles avec son compagnon. Comme beaucoup de jardiniers du sud-ouest du Royaume-Uni, elle a vu ses potagers bouleversés par des semaines de chaleur et de sécheresse, épuisée par des arrosages incessants. Au milieu de ce décor éprouvant, sa récolte de pastèques a pris tout le monde de court, elle la première. Un essai presque anecdotique qui en dit long sur l’évolution des jardins britanniques.

Canicule au Royaume-Uni : pois en détresse, pastèque en vedette

Sur ses parcelles près de Bristol, Emma raconte que les pois, les pommes de terre et les betteraves ont peiné tout l’été. Les plants se fanaient, les rendements chutaient. Elle décrit l’arrosage quotidien comme « épuisant et sans répit », tant la chaleur grillait le feuillage et asséchait les bacs d’eau. Les épisodes de chaleur extrême ont laissé de nombreux jardins britanniques avec des plantes brûlées et des récupérateurs d’eau vides.

Dans ce chaos, certaines cultures ont pourtant bien réagi. Les tomates d’Emma ont mûri avec plusieurs semaines d’avance. Surtout, ses pastèques ont prospéré. Elle avait tenté ce fruit pour la première fois l’an dernier, en pensant à un simple coup de chance. « Je pensais avoir eu de la chance l’année dernière à cause de la météo. C’était quelque chose de merveilleux d’avoir nos propres pastèques », confie-t-elle. Cette année, la récolte a été encore meilleure.

Pourquoi des pastèques réussissent désormais dans certains jardins anglais

Les pastèques aiment la chaleur, un sol riche et beaucoup de soleil, des conditions longtemps rares sous le climat tempéré britannique. La Royal Horticultural Society rappelle que les melons ne réussissent vraiment que lorsqu’ils bénéficient d’une longue période chaude, idéalement sous serre ou tunnel plastique dans un endroit abrité. Les séries de vagues de chaleur observées récemment dans le sud de l’Angleterre ont, ponctuellement, créé ce scénario presque « méditerranéen » au jardin.

Ce basculement s’inscrit dans un contexte agricole déjà fragile. Selon Business France, le Royaume-Uni ne couvre qu’environ 55 % de ses besoins en légumes et seulement 17 % de ses besoins en fruits, une situation aggravée par les sécheresses et inondations répétées. Voir des pastèques sorties d’un potager anglais, alors que le pays importe d’ordinaire ce type de fruits, illustre ce décalage : le climat rend possibles des cultures autrefois inimaginables, tout en fragilisant les productions classiques.

Un fruit inattendu qui pousse les jardiniers britanniques à revoir leurs choix

Emma reconnaît que ses habitudes pourraient changer. Elle explique que le succès des cultures de chaleur « pourrait [la] détourner de certaines choses plus traditionnelles ». Les pois et les pommes de terre, emblèmes du potager britannique, laissent peu à peu la place à des légumes et fruits plus méridionaux sur certaines parcelles. Pour ceux qui voudraient tenter la pastèque dans un climat frais, les jardiniers recommandent des variétés à petit fruit, une exposition très ensoleillée, idéalement sous serre, un sol riche et des arrosages réguliers mais économes.

Cette réussite a tout de même un revers. Les pastèques sont gourmandes en eau, et les mêmes chaleurs qui les favorisent ont mis les réserves hydriques sous pression. Des experts ont averti que « les pluies récentes ne suffiront pas à inverser immédiatement la sécheresse généralisée, des semaines de précipitations continues étant nécessaires pour que les réserves d’eau se reconstituent ». Pendant que les jardiniers se réjouissent de couper une tranche de pastèque produite en Angleterre, d’autres y voient déjà un signal d’un climat qui change et redistribue les cartes au potager.