Ces lianes à la floraison spectaculaire sont les grandes alliées des jardins et terrasses cet été, selon la pépiniériste Daphnée Travers

C’est le moment d’apprécier les plus belles floraisons des lianes d’été. Ces grimpantes à forte végétation sont fascinantes quand on les contrôle peu et qu’on permet à leurs branches souples de s’épanouir à leur guise. Elles ne se laissent pas facilement « crucifier » sur des murs, mais aiment couvrir de vieux treillages, escalader des arbres matures ou cascader sur des talus… L’une des particularités des lianes, ce sont d’abord leurs tiges, spectaculaires, qui restent souples même quand elles se lignifient. Leurs contorsions caractérisent les forêts où elles abondent, avec les clématites sauvages (Clematis vitalba), le houblon (Humulus lupulus), le chèvrefeuille (Lonicera periclymenum), et enchantent le paysage forestier sous les tropiques. Le graphisme des lianes formant de grandes circonvolutions autour des troncs d’arbres est un spectacle à lui seul. Même si vous palissez régulièrement les premières branches de vos lianes, les pousses les plus vigoureuses niront par se développer rapidement, souvent en votre absence.

L’effet jungle

Elles ont une croissance rapide, sont très vigoureuses à l’image des lianes tropicales, mais portent aussi des feuilles de grande taille, à l’aspect singulier ou persistantes, et parfois des fleurs insolites. Parmi elles, l’aristoloche (Aristolochia macrophylla) se reconnaît à ses grandes feuilles de 25 cm de diamètre en forme de cœur qui recouvrent des tiges volubiles capables de grimper à 8 ou 10 m de haut (3 à 5 m par an). Vert tendre en été, elles dissimulent des petites fleurs verdâtres en forme de pipe qui deviennent jaune cuivré en automne avant de tomber. La plante aime l’ombre, comme d’autres lianes volubiles : les akébias (Akebia quinata, A. pentaphylla), les holboellias (Holboellia coriacea, H. latifolia) et le stauntonia (Stauntonia hexaphylla). Toutes fleurissent au printemps, mais on les admire tout le reste de l’année pour leurs feuilles composées persistantes ou semi-persistantes, à l’aspect résolument exotique.

Belles étrangleuses

De nombreux jardiniers craignent de voir ces lianes recouvrir ou étrangler les arbres qui leur servent de support. Mais cela arrive rarement, sauf lorsqu’il s’agit de très jeunes sujets. Le seul dommage possible est dû à l’excès de poids ou à la masse importante de feuilles et de branches qui vient s’ajouter à la ramure des arbres isolés et peut les déstabiliser. On évite ce problème en recoupant ces lianes à la base tous les trois ou quatre ans, en n d’hiver. Attention aux espèces très vigoureuses comme les ipomées sous un climat doux, et surtout la renouée grimpante (Fallopia baldschuanica). Cette dernière, trop difficile à maîtriser, est considérée comme potentiellement invasive dans de nombreuses régions.

Code de bonne conduite

Pour obtenir l’effet recherché, il s’agit surtout de ne pas faire d’erreur au moment de la plantation puis d’observer durant les deux premières années. Installez les jeunes plants dès la fin août et en septembre, à faible distance de leur support, en prévoyant un câble ou une branche pour guider les premières pousses vers la ramure d’un arbre ou le mur qu’elles doivent escalader. On peut aussi planter directement au pied d’un arbre, entre les racines principales, en enterrant la motte démêlée dans deux ou trois seaux de compost bien mûr, pour lui permettre de s’installer très vite. Quelques arrosages, en attendant la chute des feuilles, favorisent un enracinement rapide et une croissance importante dès le printemps suivant.

Laissez faire la nature

Laissez les longues tiges se développer et atteindre les premières branches d’un arbre ou le sommet d’un mur. La liane va commencer à se ramifier, et à retomber si c’est l’effet recherché. Vous la fixerez durant le deuxième hiver en pliant doucement les tiges souples pour leur donner la forme attendue. Si plusieurs pousses se tressent ensemble, ne vous inquiétez pas : c’est très fréquent chez les lianes volubiles, car cela leur permet de se rigidifier plus vite pour gagner en hauteur.

3 questions à Daphnée Travers, directrice des Pépinières Travers

Quelles lianes conseillez-vous pour un petit jardin, une terrasse, un balcon ?

Les grimpantes sont parfaites pour les petits espaces, car elles n’ont besoin que de très peu de surface au sol, mais toutes ne se plaisent pas en pot. Pour cela, les clématites Saphyra® sont idéales : elles atteignent 1,50 m à 1,80 m au maximum et repartent seules de la base chaque année ; plus besoin de taille ! Elles sont aussi très résistantes à la sécheresse, aux excès d’eau, aux maladies, quelle que soit l’exposition. La bignone ‘Orangeade’ est une autre option. Ses grandes trompettes bicolores orange et rouge sont très originales, et surtout sa croissance est limitée (3 à 5 m).

Quels supports privilégier pour bien guider ses lianes ?

Contre un mur, le treillage reste le plus courant, mais attention, il faut toujours laisser 1 à 2 cm entre celui-ci et le mur pour que la plante puisse vraiment s’y agripper et serpenter. On peut aussi créer un effet plus décoratif avec une vieille échelle en bois ou un pan de ganivelle suspendu à la verticale contre un mur. Dans un massif, pensez aux colonnes ou aux obélisques : on peut planter plusieurs grimpantes dans le même trou qui prennent alors le relais au moment de la floraison, se mettent mutuellement en valeur, et apportent de la verticalité au massif.

Quelles erreurs sont à l’origine des plus grandes déceptions ?

La première est de loin la plus fréquente : choisir une grimpante pour ses fleurs sans vérifier la taille adulte par rapport au support. Une plante qui peut atteindre 15 m sur une arche de 2 m devient vite ingérable. À l’inverse, celles dont la taille adulte est de 1,50 m ne couvriront jamais un grand mur, quoi qu’on fasse. Ce critère doit être le premier réflexe avant tout achat. Autre erreur classique : planter une espèce caduque pour masquer un grillage, qui sera donc nu quatre à cinq mois par an. Pour un brise-vue toute l’année, optez pour un jasmin étoilé (trachelospermum). Afin de bien le conduire, démêlez toutes les tiges au moment de la plantation et couchez-les à l’horizontale au pied du grillage. La plante grimpera naturellement, mais si le bas n’est pas habillé d’emblée, il ne le sera jamais.