Cette jardinière prévient : sans ces plantes locales au jardin, vous n’aurez bientôt plus de papillons ni d’abeilles

Quand les températures remontent, les massifs se couvrent de fleurs et tout un petit monde ailé s’active. Abeilles, papillons, syrphes… mais aussi papillons de nuit. Beaucoup de jardiniers plantent déjà quelques fleurs mellifères sans trop savoir si cela suffit vraiment. Dans un entretien récent, la jardinière Sandra Nogué explique qu’il manque souvent l’essentiel : les bonnes plantes, au bon endroit, pour tout le cycle de vie des pollinisateurs.

Pour attirer plus de papillons, cette spécialiste insiste sur l’importance de combiner plantes locales et végétaux riches en nectar, au lieu de se fier uniquement à quelques arbustes à la mode. Elle rappelle aussi que les chenilles ont besoin de plantes hôtes spécifiques pour naître et grandir. Et que même la lumière artificielle ou un mauvais choix d’arbuste peuvent gâcher tous les efforts du jardinier.

Les plantes de Sandra Nogué au jardin

Interrogée sur les espèces à privilégier, Sandra Nogué commence par rappeler le rôle des plantes nectarifères et des espèces locales. Selon elle, ces végétaux fournissent à la fois nourriture et abri. « En plus, il y a de nombreuses plantes nectarifères, ce sont celles qui donnent de la nourriture aux pollinisateurs adultes. Une abeille a besoin de nourriture, elle a besoin de refuge et elle a besoin d’un espace où se reproduire », a-t-elle expliqué.

Pour illustrer son propos, Sandra Nogué cite une petite sélection de plantes rioplatenses, adaptées à la région du Rio de la Plata. Voici celles qu’elle cite, décrites comme pouvant agir soit comme plantes nectarifères, soit comme plantes hôtes pour les papillons.

  • Lantana morada
  • Verbena de Buenos Aires
  • Salvia celeste
  • Pasionaria
  • Guaco
  • Vara dorada
  • Mariposera rosada

Plantes nectarifères et plantes hôtes

Dans l’entretien, la jardinière distingue bien ces deux rôles. Les plantes dites nectarifères offrent du nectar aux papillons et abeilles adultes par leurs fleurs, alors que les plantes hôtes servent de support de ponte et de garde-manger pour les chenilles au début de leur développement. « Ce que provoque un pollinisateur, c’est le cycle de la graine et du fruit, grâce auquel les plantes se multiplient », a souligné Sandra Nogué.

Cette logique vaut aussi pour les papillons de nuit, grands oubliés des jardins alors qu’ils représentent plus de 5 000 espèces en France, contre environ 235 espèces diurnes. Une étude menée au Royaume-Uni par l’Université de Sussex indique que leurs visites nocturnes ne comptent qu’environ pour 15 % des visites, tout en déposant plus de pollen, plus vite. Pour le naturaliste Laurent Palussière, « la pollinisation par les papillons de nuit est souvent moins importante que celle des insectes diurnes. Mais elle est nettement plus efficace ».

Aménagements pour aider les pollinisateurs

La nourriture ne suffit pas : un jardin riche en pollinisateurs offre aussi abris et points d’eau, par exemple avec une brique à abeilles intégrée dans un muret ou posée dans un coin calme. Selon Noah Wilson-Rich, « elles contiennent souvent des matériaux naturels pour les abeilles qui nichent dans les crevasses, comme des roseaux, des briques avec des trous, du bois tendre pour y creuser et, parfois, du coton moelleux ».

Autre geste simple, installer une petite station d’eau : un pot retourné, une soucoupe peu profonde remplie de galets et d’eau. « Vous remplissez la coupelle peu profonde de galets et d’eau afin que les abeilles puissent se poser en toute sécurité et boire », précise Danielle Brooks. Mais la lumière artificielle peut tout perturber ; pour Laurent Palussière, « cela agit comme un piège pour les papillons de nuit ». Le même spécialiste rappelle que le buddleia, plante qui ne vient pas d’Europe et souvent vendue comme arbre à papillons, peut fatiguer certains insectes attirés par son parfum sans pouvoir atteindre le nectar.

Sources