Colocation : faut-il demander à son colocataire d’arrêter d’envahir l’appartement de boutures ?

Colocation : faut-il demander à son colocataire d’arrêter d’envahir l’appartement de boutures ?

Un salon transformé en jungle, une salle de bain en spa pour monstera, une cuisine où chaque verre devient un vase improvisé : pour beaucoup de colocataires, l’engouement pour les plantes finit par dépasser le simple loisir. C’est ce qui est arrivé à Jade, dont le quotidien a été raconté par le quotidien britannique The Guardian, face à Cleo, passionnée de boutures.

Au fil des mois, leur petit appartement s’est retrouvé avec plus de 40 plantes et des boutures sur presque toutes les surfaces. Jade explique : « Chaque surface a quelque chose qui pousse dessus. Je n’ai pas signé pour vivre dans une expérience botanique ». Elle aime pourtant les plantes, adore le basilic et le thym sur le rebord de la fenêtre, les pothos et orchidées suspendus. Mais là, elle se sent « comme une invitée dans une boutique de plantes à la mode, qui ne vend jamais assez de plantes ». Reste une question qui parle à beaucoup de colocataires : a-t-elle raison de demander à ce que ça s’arrête, ou au moins que ça se calme ?

Quand les boutures de votre colocataire envahissent vraiment l’appartement

Dans l’histoire de Jade, les boutures ne restent pas dans la chambre de Cleo. Il y a des feuilles dans des boîtes en plastique au salon, des tiges dans des pots de desserts recyclés dans la salle de bain, des petits godets sur tous les plans de travail de la cuisine. Un jour, en cuisinant, Jade renverse un bocal contenant une jeune tige et remplit le verre d’eau propre. Cleo explose : elle lui reproche d’avoir jeté « l’eau riche en hormones » et d’avoir ralenti la croissance. Or, de nombreux guides de jardinage conseillent justement de renouveler l’eau des boutures de temps en temps pour éviter les bactéries. Le malaise vient surtout du sentiment d’avoir perdu la main sur l’espace commun.

Côté Cleo, le discours est très différent. Pour elle, les plantes rendent service à tout le monde : « Ce n’est pas qu’un passe-temps, j’ai créé un écosystème de calme dans notre appartement en ville. En plus, je gagne bien ma vie ». Elle affirme que les plantes purifient l’air, réduisent l’anxiété et qu’elle se relaxe en brumisant sa monstera en rentrant du travail. Une amie a décrit leur logement comme « un centre de guérison », quand Jade le qualifie plutôt de jungle. Cleo a commencé à vendre ses boutures sur Facebook Marketplace, et prévient que l’été, période de croissance maximale, fera encore grimper le nombre de bocaux. Le conflit oppose donc une passion très investie à une revendication simple : retrouver des espaces communs utilisables.

Les signes que la passion des plantes dépasse la limite en colocation

Dans l’affaire Jade et Cleo, plusieurs signaux reviennent et peuvent servir de repère à toute colocation où un hobby prend trop de place. Jade a déjà marché sur de la perlite pieds nus, ce qui fait mal, a retrouvé de la terre dans la douche quand Cleo y « baigne » ses plantes, et a vu l’évier se boucher après des rinçages de bacs de compost. Un lecteur, Gul, 18 ans, rappelle que les appartements de grandes villes, souvent humides et peu ventilés, sont « parfaits pour la propagation des plantes, mais aussi pour les insectes, les rongeurs et la moisissure » si le terreau s’accumule.

Les lecteurs appelés à jouer les jurés par The Guardian ont largement pris fait et cause pour l’idée de poser des limites. « Cleo doit respecter que l’appartement est un espace partagé et si sa folie des plantes empiète sur le confort de Jade, il faut réduire », estime Maitri, 37 ans. Eric, 32 ans, note que Jade ne se sent plus chez elle et qu’ »une ligne a été franchie » : pour lui, il faut des règles claires et des zones sans plantes. D’autres suggèrent un quota de boutures dans les pièces communes ou de déplacer une partie de la propagation dans un autre lieu, comme un jardin partagé. Quand on se reconnaît dans ces situations, demander un changement devient légitime.

Poser des limites à un colocataire qui remplit tout de boutures, sans lancer la guerre

Les guides sur la vie en colocation recommandent souvent de discuter en face à face, dans un moment calme, et de poser les choses par écrit dans un petit règlement intérieur. Dans un cas de colocataire qui envahit l’appartement avec des boutures, le point de départ reste de reconnaître aussi les côtés positifs : l’ambiance verte, les herbes fraîches, le plaisir visuel. Puis parler en « je » : « J’adore ton coin plantes, mais j’ai besoin de retrouver un plan de travail dégagé pour cuisiner » ou « Je suis stressé quand je vois la douche remplie de pots, j’aimerais qu’on la garde libre ». Les universités qui accompagnent les étudiants en colocation recommandent ce type de formulation factuelle, sans accusation.

Ensuite vient la négociation concrète. Les spécialistes de la colocation, comme LocService ou BailFacile, conseillent de définir des règles claires sur les espaces communs. Pour les boutures en colocation, cela peut passer par une station unique de bouturage sur un plateau ou une étagère dédiée dans le salon, un nombre maximal de bocaux visibles, l’interdiction de coloniser le plan de travail principal ou la douche, et une obligation de rempoter, vendre ou donner régulièrement pour éviter l’accumulation. On peut même intégrer ces points dans une mini charte de colocation spéciale plantes, relue tous les quelques mois. Beaucoup de colocations trouvent alors un équilibre : la passion des plantes reste bien présente, mais la cuisine, la salle de bain et la tête des autres restent respirables.