En période de sécheresse, les végétaux du jardin perdent une partie de leur humidité et deviennent plus faciles à enflammer. Toutes les plantes ne présentent toutefois pas le même comportement face au feu. Certaines essences persistantes, riches en résines ou en composés aromatiques, ainsi que les haies très denses, peuvent contribuer à la propagation rapide d’un incendie. C’est notamment le cas des thuyas, de certains cyprès ou encore des eucalyptus. Mais leur présence ne suffit pas, à elle seule, à provoquer un départ de feu : leur état, leur implantation et leur entretien restent déterminants.
Pourquoi certains arbres et arbustes brûlent-ils plus facilement ?
Pour qu’un végétal s’enflamme, plusieurs facteurs entrent en jeu : son taux d’humidité, la finesse de ses feuilles, la présence de rameaux morts, la densité de son feuillage ou encore sa teneur en substances volatiles. Sous l’effet de la chaleur et du manque d’eau, les feuilles, les brindilles et les écorces accumulées au sol peuvent former un combustible particulièrement efficace.
Il faut également distinguer l’inflammabilité, c’est-à-dire la facilité avec laquelle une plante prend feu, de sa combustibilité, qui correspond à la quantité de chaleur qu’elle peut dégager en brûlant. Une plante peut donc être difficile à allumer lorsqu’elle est fraîche, mais alimenter fortement les flammes une fois embrasée.
Selon un guide consacré au risque incendie dans les zones situées entre forêt et habitat, élaboré avec la participation de chercheurs de l’INRAE, le comportement au feu varie aussi selon la partie du végétal étudiée. Les feuilles fraîches du thuya sont ainsi classées parmi les plus inflammables, tandis que, chez certains cyprès, c’est surtout la litière sèche accumulée sous la plante qui présente un risque élevé.
Thuyas et cyprès : attention aux longues haies compactes
Très utilisés pour se protéger des regards, les thuyas forment généralement des haies épaisses, continues et plantées à faible distance les unes des autres. Cette configuration peut créer un véritable couloir végétal entre le fond du jardin et la maison.
Lorsque la haie est vieillissante ou insuffisamment entretenue, elle dissimule souvent de nombreux rameaux bruns et desséchés derrière sa surface encore verte. Ces parties mortes peuvent prendre feu rapidement. La continuité des branches permet ensuite aux flammes de progresser d’un arbuste à l’autre, notamment lorsque le vent souffle.
Le risque est comparable pour certaines haies de cyprès. Leur feuillage fin et persistant retient facilement les feuilles mortes, les poussières et les brindilles. Les tailles répétées peuvent aussi favoriser la formation d’une végétation très compacte, contenant beaucoup de matière sèche à l’intérieur. Les cyprès ne sont toutefois pas tous identiques face au feu : leur réaction dépend de l’espèce, de leur état hydrique et de la manière dont ils sont entretenus.
Une haie composée d’une seule essence, dense et ininterrompue, est généralement plus vulnérable qu’une haie diversifiée, espacée et régulièrement débarrassée de ses parties sèches. Le danger augmente encore lorsque ses branches touchent une façade, avancent sous une toiture ou se trouvent à proximité immédiate d’un abri en bois.
Eucalyptus, pins et genévriers : des végétaux à surveiller
Les eucalyptus sont souvent cités parmi les arbres nécessitant une vigilance particulière dans les régions exposées aux feux. Leurs feuilles contiennent des composés aromatiques volatils et certaines espèces produisent une écorce qui se détache en longues bandes. Une fois sèches, ces feuilles et ces morceaux d’écorce peuvent alimenter le feu au sol ou être transportés par le vent.
Il serait néanmoins excessif d’affirmer que tous les eucalyptus brûlent systématiquement de la même manière. Le genre rassemble plusieurs centaines d’espèces, dont l’inflammabilité, la taille et le comportement varient fortement. L’environnement de l’arbre, son entretien et la quantité de débris laissée à son pied comptent donc autant que son nom botanique.
Les pins méritent également une attention particulière. Leurs aiguilles sèches forment une litière légère qui peut s’enflammer facilement. Certaines espèces possèdent par ailleurs un bois et une écorce riches en résine. Les genévriers, les sapins et plusieurs autres conifères persistants peuvent eux aussi devenir très combustibles lorsqu’ils manquent d’eau ou accumulent du bois mort.
Enfin, le risque ne concerne pas uniquement les arbres. Des plantes comme les genêts, certaines graminées sèches, les grandes haies de lauriers ou les massifs insuffisamment entretenus peuvent également transmettre les flammes lorsqu’ils forment une végétation continue.
Faut-il arracher ces essences de son jardin ?
La présence d’un cyprès, d’un thuya ou d’un eucalyptus ne signifie pas qu’il faut systématiquement l’abattre. Une plante bien hydratée, isolée et correctement entretenue ne présente pas le même risque qu’une vieille haie desséchée reliant directement la végétation extérieure à l’habitation.
La priorité consiste à créer des ruptures dans la végétation. Les arbres et les arbustes ne doivent pas former un chemin continu permettant au feu de gagner la façade ou le toit. Il est notamment recommandé de supprimer les branches mortes, de ramasser régulièrement les aiguilles et les écorces sèches, d’éviter que les houppiers se touchent et de ne pas entreposer de bois de chauffage sous les arbres ou contre la maison.
Les haies peuvent aussi être diversifiées avec plusieurs essences plutôt que composées uniquement de thuyas ou de cyprès. Cette solution présente également des avantages pour la biodiversité. Aucun végétal n’est cependant totalement « coupe-feu » : même une espèce réputée moins inflammable peut brûler en cas de sécheresse intense.