Tout l’été, une jardinière avait pris l’habitude de déposer des paniers débordant de courgettes et autres courges d’été sur le perron de sa maison. Devant, une simple pancarte manuscrite : « Gratuit. Prenez ce dont vous avez besoin ». Ce rituel de don gratuit s’était installé sans bruit dans le quartier, comme une prolongation naturelle de son potager très productif.
Au départ, quelques voisins seulement s’arrêtaient. Un jeune couple prenait deux ou trois légumes pour les pâtes du soir, un retraité demandait toujours si c’était vraiment permis avant d’en emporter un. Selon la jardinière, « regarder les gens repartir avec quelques légumes pour le dîner me semblait être la meilleure récompense pour des mois de travail au jardin ». Jusqu’au jour où tout a changé.
Surplus de courgettes : quand le potager déborde jusque sur le perron
Les courges sont décrites par la Ferme de Sainte Marthe comme des plantes « généreuses, colorées et pleines de ressources ». Butternut, potimarron ou courgette produisent souvent bien plus que ce qu’une famille peut consommer. Beaucoup de jardiniers préfèrent donc partager leur surplus de courgettes avec le voisinage, plutôt que de voir ces légumes finir au compost ou à la poubelle.
En France, certains passent par l’application LEAF, mise en avant par TF1 Info, où un jardinier explique avoir déjà donné ou vendu plus de 800 kg de tomates à prix accessible. D’autres posent simplement un panier devant chez eux, comme cette jardinière, et constatent que « la plupart des gens ne prenaient que de quoi préparer un ou deux repas, en laissant le reste aux autres ».
Quand le panier de courges disparaît en quelques minutes
Un jour, les paniers qui tenaient d’habitude tout l’après‑midi se sont mis à disparaître en quelques minutes, même quand la rue restait presque déserte. Une voisine lui a demandé en plaisantant si elle « alimentait maintenant le stand de légumes au bord de la route ». Intriguée, la jardinière a posé ses courges plus tôt que d’habitude et s’est cachée derrière la fenêtre pour voir qui passait.
Un petit camion s’est arrêté, un homme est descendu avec des caisses en plastique et a rempli sa benne presque jusqu’au bord, sans un regard pour la pancarte. Elle est sortie : « Prendre quelques légumes, c’est exactement pour cela qu’ils sont là. Prendre tout, c’est quelque chose de complètement différent », lui a‑t‑elle rappelé. Au stand routier, elle a reconnu ses courges et l’homme a admis qu’il les récupérait sur plusieurs tables de don du quartier.
Stand routier, règles du jeu et nouvelles façons de partager
Pour autant, la jardinière n’a pas renoncé à partager. Dans son quartier, les habitants ont mis en place une table de partage hebdomadaire sur le parking du centre communautaire, avec des bénévoles présents pour que chacun puisse prendre une quantité raisonnable de fruits et légumes. Quelques semaines plus tard, l’homme est revenu avec des sacs de pêches, du maïs, des confitures et une lettre d’excuses, admettant avoir « profité de la gentillesse des gens ».
En France, un stand routier relève de la vente au déballage : l’Institut national de la consommation rappelle qu’il faut déclarer l’opération en mairie, respecter une durée limitée à deux mois par an et afficher prix et origine des produits. Présenter comme « vente directe du producteur » des légumes récupérés sur des tables de don peut, selon l’Institut national de la consommation, être qualifié de pratique commerciale trompeuse. Pour écouler un surplus de courgettes sans mauvaise surprise, les associations caritatives, les épiceries solidaires, l’application LEAF ou la congélation après blanchiment restent des pistes très utilisées. La jardinière, elle, a rappelé à son voisin qu' »la confiance est beaucoup plus difficile à faire pousser que les courgettes ».