En septembre, beaucoup de jardiniers sortent le sécateur pour faire le grand ménage d’automne. Massifs au cordeau, allées nickel, herbes hautes rasées. Au passage, un coin disparaît presque toujours : les touffes d’orties, jugées disgracieuses ou piquantes, finissent vite au tas de déchets verts.
Pourtant, à cette période, les orties vivent un vrai « second printemps ». Après les fauches de l’été, de jeunes pousses réapparaissent, plus tendres, gorgées de minéraux et très utiles au jardin comme à la petite faune. En clair, choisir de ne pas arracher les orties en septembre peut transformer ce coin oublié en allié discret.
Pourquoi les orties de septembre sont précieuses pour votre jardin
L’ortie, surtout la grande ortie (Urtica dioica), est une vivace robuste. Ses racines profondes puisent l’azote, le fer, le potassium et d’autres éléments dans le sol. Des naturalistes comme la revue La Salamandre expliquent que la plante concentre ces minéraux dans ses tissus, puis les restitue progressivement lorsqu’elle se décompose. En laissant une partie des tiges sécher sur place, on offre donc au sol un apport gratuit et continu.
En fin d’été et en automne, après une tonte ou une fauche, les orties repartent souvent en jeunes pousses. Des herboristes parlent même de « deuxième printemps » pour cette repousse. Couper tout le massif à ras en septembre prive le sol de cette réserve organique. Mieux vaut garder un îlot d’orties, voire déposer quelques tiges coupées en paillage au pied des arbustes ou dans le compost, où leur richesse en azote accélère la décomposition.
Orties, papillons et biodiversité : un trio gagnant au jardin
Pour la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), l’ortie fait partie des plantes-hôtes les plus importantes pour les papillons. L’association indique qu’un simple massif peut accueillir jusqu’à vingt espèces de lépidoptères. Les chenilles du Paon-du-jour, de la Petite tortue, du Vulcain, de la Belle-Dame, du Robert-le-diable ou encore de la Carte géographique se nourrissent presque exclusivement d’orties à certains stades de leur cycle.
La Fondation pour la Nature et l’Homme rappelle que la grande ortie est indispensable à la reproduction de nombreux papillons, en particulier le Paon-du-jour qui y pond ses œufs. À la rentrée, des pontes tardives ou des chrysalides peuvent encore se trouver sur les tiges. Raser ou désherber chimiquement ce coin en septembre détruit d’un coup oeufs, chenilles et abris d’hivernage. Garder un carré d’orties revient au contraire à créer une petite réserve de biodiversité au jardin, fréquentée aussi par coccinelles, araignées et autres auxiliaires qui limitent naturellement les pucerons.
Comment garder un coin d’orties sans se laisser envahir
Beaucoup redoutent que l’ortie se propage partout. La solution consiste à lui offrir une zone dédiée. On peut installer ce « quartier sauvage » au fond du terrain, le long d’une clôture ou derrière un abri de jardin. Une bande régulièrement fauchée autour de ce coin, une à deux fois par an, suffit souvent à contenir les rhizomes. Pour les familles avec enfants ou animaux, un simple piquet ou une petite pancarte signale la zone piquante.
Voici une petite check-list de septembre pour apprivoiser vos orties sans renoncer à un jardin soigné :
- Repérer un emplacement où laisser pousser librement un groupe d’orties.
- Avant toute coupe, inspecter les feuilles pour voir s’il y a œufs ou chenilles.
- Déposer les tiges coupées en paillage ou au compost plutôt qu’en déchetterie.
- Éviter herbicides et fongicides près de ce coin, très fréquenté par les insectes.
- Reporter les gros débroussaillages et la suppression des tiges sèches au printemps.