L’été au potager donne envie de garder un peu de ses plus belles tomates pour les saisons suivantes. Beaucoup de jardiniers coupent le fruit, récupèrent les pépins, les posent sur un papier absorbant et pensent que cela suffira pour avoir de beaux plants l’an prochain. Sur le plateau de « Bonjour ! La Matinale TF1 », le jardinier Sébastien Quiniou, connu sous le nom de perma_coach, montre pourtant qu’un détail peut tout gâcher. Son constat est direct : « Quand on est petit, la plupart du temps, pour récupérer des graines, on nous dit juste qu’il faut récupérer les graines, les mettre dans un petit chiffon humide et c’est tout », explique-t-il. Pour les graines de tomates, ce geste simpliste fonctionne mal, à cause d’un gel qui entoure chaque graine. Comprendre ce fameux mucilage, puis adapter sa méthode de séchage, change complètement la donne.
Préparer les graines de tomates : bien choisir le fruit et comprendre le mucilage
Pour Sébastien Quiniou, « La première étape, ça va être le choix de la tomate », avant même de parler fermentation. Il conseille des tomates anciennes, bien mûres, sans éclat ni tache. « On prend des tomates qui n’ont pas de trace, qui sont très jolies », insiste-t-il, en rappelant que l’on peut cibler un caractère précis, par exemple la précocité en choisissant les premiers fruits mûrs de la saison.
Les sites spécialisés soulignent aussi l’intérêt de privilégier des variétés dites fixées ou anciennes plutôt que des hybrides F1, dont les graines donnent des descendances très variables. Une fois la bonne tomate choisie, on recueille la pulpe et les graines dans un petit verre ou un bocal, en gardant le jus. Ce jus contient le gel protecteur, le mucilage, « dont le travail va être de bloquer la germination à l’intérieur de la tomate », détaille le spécialiste. Tant qu’il n’est pas dégradé, la graine reste comme verrouillée.
Fermentation et rinçage des graines de tomates avant le semis
Pour lever ce verrou, le jardinier recommande d’imiter le cycle naturel. « Puisque dans la nature, quand une tomate tombe au sol, elle commence à pourrir, donc à fermenter. Et cette fermentation va dégrader complètement le gel et va permettre ensuite la germination. » Concrètement, on laisse macérer graines, pulpe et jus dans le verre, à température ambiante autour de 20 à 25 °C, pendant 48 à 72 heures. Un petit voile ou une pellicule en surface signale que la fermentation a bien travaillé.
Vient ensuite le temps du rinçage. On complète le verre avec de l’eau, on mélange, puis on laisse reposer. Les graines pleines finissent au fond, celles qui flottent sont souvent vides ou abîmées. On verse l’eau du dessus avec les débris, puis on récupère les graines saines dans une passoire à maille fine pour les rincer plusieurs fois. À ce stade, le mucilage a disparu, la surface des graines devient mate et non collante.
Séchage sans essuie-tout et conservation des graines de tomates
C’est là qu’intervient l’astuce la plus surprenante. Pour sécher, beaucoup étalent leurs graines sur du papier absorbant. Mauvaise idée, prévient le jardinier : « L’essentiel, c’est surtout de ne pas prendre d’essuie-tout. Ça va coller les graines. » Les fibres du papier se soudent aux graines en séchant, ce qui rend le détachage pénible et peut abîmer l’enveloppe. Les supports conseillés sont lisses ou peu fibreux. On peut par exemple utiliser :
- du papier sulfurisé posé sur une plaque,
- une simple assiette en céramique, bien propre,
- un filtre à café ouvert et bien étalé.
On étale les graines en fine couche, en les espaçant pour que l’air circule. Le jardinier recommande de les laisser sécher « une semaine, dix jours, dans un endroit sec et aéré ». Une fois bien dures, on les glisse dans de petits sachets en papier, étiquetés avec le nom de la variété et l’année. Conservées au frais, au sec et à l’abri de la lumière, ces graines restent en général germinatives pendant quatre à six ans, de quoi voir revenir longtemps au potager les tomates qui ont marqué l’été.