Dans les jardineries comme dans les cours d’école, les hôtels à insectes se sont imposés en quelques années comme le geste « indispensable » pour sauver la biodiversité. A Revel, en Haute-Garonne, le Musée du bois et de la marqueterie en a fait installer deux le 4 septembre 2026 sur la voie verte, avant de les voir vandalisés quelques jours plus tard. « Je ne vois pas l’intérêt de détruire quelque chose comme ça. Plus de 600 euros, c’est beaucoup pour une association », déplore Jean-Pierre Venne, administrateur du MUB.
Pour cette association, ces structures devaient surtout servir de support pédagogique : panneaux explicatifs, animations avec les écoles, découverte des abeilles solitaires, syrphes et coccinelles. « Notre but était vraiment de créer quelque chose de transversal entre la ville, le musée, les écoles et les mécènes », rappelle Philippe Elefterion, président du MUB. Mais, au delà de ce symbole très visible, un hôtel à insectes améliore-t-il vraiment la biodiversité au jardin ou en ville ? La réponse est moins évidente qu’il n’y paraît.
À quels insectes un hôtel à insectes sert vraiment
La France abrite environ 1 000 espèces d’abeilles sauvages, quasiment toutes solitaires : pas de reine, pas d’ouvrières, pas de miel. Chacune creuse ou occupe une petite galerie, y dépose du pollen, pond puis meurt avant l’émergence des jeunes. Environ 70 % de ces espèces nichent dans le sol, sur un talus ou un chemin tassé, jamais dans une tige de bambou.
Un hôtel à insectes ne s’adresse donc qu’à la minorité qui utilise des cavités naturelles : surtout les osmies, les mégachiles et quelques guêpes solitaires. Ces abeilles nichant dans les tiges ou trous de bois peuvent réellement profiter des tubes, y pondre, passer l’hiver puis émerger au printemps pour polliniser fleurs, arbres fruitiers et potager. Les abeilles domestiques, elles, construisent leur ruche et ne fréquentent pratiquement jamais ces abris.
Ce que montrent les études sur l’efficacité des hôtels à insectes
Deux biologistes canadiens, J. Scott MacIvor et Laurence Packer, ont installé environ 600 hôtels à insectes par an dans la région de Toronto entre 2011 et 2013, puis en ont analysé 574. Ils y ont identifié 27 275 individus. Le groupe le plus abondant n’était pas les abeilles mais les guêpes solitaires indigènes, représentant 37,8 % des occupants et présentes dans près des trois quarts des hôtels. Près de 47,1 % des abeilles appartenaient à des espèces introduites.
Les auteurs ont aussi constaté que les abeilles indigènes étaient davantage parasitées que les espèces introduites. Explication avancée : rassembler des dizaines de nids au même endroit crée une cible idéale pour parasites et prédateurs, alors qu’une galerie isolée dans un talus est bien plus difficile à trouver. En France, un relevé mené à Marseille en 2016-2017 a compté 889 abeilles dans des hôtels ; 356, soit environ 40 %, appartenaient à Megachile sculpturalis, une grande espèce venue d’Asie.
Rendre un hôtel à insectes utile, et ce qui aide vraiment la biodiversité
Pour les osmies et mégachiles, un abri devient intéressant seulement si le jardin fournit nectar et cachettes proches. Une femelle ne s’installe que si elle peut approvisionner son nid sans parcourir des centaines de mètres. Il faut donc placer l’hôtel au soleil du matin, à l’abri de la pluie, vers 1,5 à 1,8 m de hauteur, avec des tubes secs, lisses, de 4 à 10 mm, et prévoir un entretien régulier.
Pour aider la majorité des abeilles, mieux vaut offrir sol nu, tiges sèches, bois mort et fleurs indigènes sans pesticide. L’hôtel, lui, reste surtout un petit poste d’observation pour suivre de près la vie des quelques espèces qui l’occupent.