Et si votre jardin devenait une petite plantation de kiwis, sans avion ni supermarché ? De plus en plus de particuliers installent des lianes de kiwi et de kiwai, ce mini kiwi lisse, pour récolter des kilos de fruits très vitaminés. Ces actinidias restent pourtant réputés capricieux : gel tardif, sol calcaire, manque d’eau ou de taille, la moindre erreur peut bloquer la fructification pendant des années.
Producteur en Corrèze depuis plus de quarante ans, Denis Genier cultive kiwis et kiwais sur environ 1,2 hectare sans traitements, avec des lianes plantées à la fin des années 1980 qui produisent encore. Son retour de terrain rejoint les conseils des spécialistes : sous 400 m d’altitude, sol drainé, support solide et bonne pollinisation, les récoltes deviennent impressionnantes. Tout se joue dans quelques semaines clés de l’année.
Kiwi ou kiwai : bien choisir et éviter les années sans fruits
Le kiwi (Actinidia deliciosa) donne de gros fruits à peau velue, le kiwai (Actinidia arguta) de petites billes lisses qui se croquent entières, souvent encore plus parfumées. Le bois supporte des froids intenses, mais ces lianes débourrent tôt, vers fin février début mars, avec des jeunes pousses sensibles dès quelques degrés sous zéro. Sous 400 m d’altitude et dans un emplacement abrité du vent, les risques de gelées tardives diminuent nettement.
Côté fleurs, ces fruitiers sont dioïques : pour cultiver kiwi et kiwai au jardin, il faut un pied mâle et des pieds femelles, aucun ne se suffit longtemps à lui seul. Un mâle de kiwi ne féconde pas une femelle de kiwai, et l’inverse ne fonctionne pas non plus. Les pépiniéristes conseillent un mâle pour 5 ou 6 femelles chez le kiwi, 3 à 5 chez le kiwai, avec une bonne pollinisation jusqu’à environ 50 mètres.
Planter kiwis et kiwais : sol, eau et nourriture au bon moment
Les actinidias aiment les sols profonds mais bien drainés. En terre lourde ou gorgée d’eau l’hiver, une butte et quelques petits fossés évitent l’asphyxie des racines, majoritairement superficielles. En sol calcaire, le taux de réussite chute ; certains jardiniers creusent un très grand trou qu’ils remplissent d’environ 300 litres de terreau, broyat et terre de bruyère avant de planter un an plus tard. Prévoyez 3 à 4 mètres entre pieds et un support très solide.
Ces lianes apprécient la chaleur sans soleil brûlant toute la journée : plein sud contre un mur protège du vent et réchauffe l’air dans le nord, mi-ombre légère bienvenue plus au sud. Une fois installés, kiwis et kiwais restent gourmands en eau et en nutriments. Denis Genier conseille d’apporter environ 5 litres d’eau par semaine et par pied, d’avril à octobre s’il ne pleut pas, sur un sol toujours couvert d’un paillage épais renouvelé chaque année.
Taille, nutrition, ravageurs : sécuriser la production de kiwis et kiwais
Le vrai piège arrive tôt : les bourgeons se réveillent fin février alors que le sol offre peu d’azote disponible. Pour stimuler les pousses qui porteront les fruits, l’arboriculteur utilise de la fiente de poule riche en azote minéral, en petites poignées de janvier à juin, une fois les plantes âgées d’au moins cinq ans. En complément, quelques arrosoirs d’urine diluée à 10 % en fin d’hiver donnent un coup de pouce très rapide.
Sans taille, ces lianes partent dans tous les sens, résume Denis Genier. En hiver, il enlève environ 50 % du bois qui a fructifié et ne garde que trois bourgeons sur les rameaux choisis, puis pratique une taille en vert fin juin pour raccourcir les tiges et grossir les fruits. Dernier point de vigilance, la mouche Drosophila suzukii, capable de pondre jusqu’à 16 œufs par jour, qui fait tourner les fruits : filets, bouteilles-pièges au vinaigre et récolte rapide, de fin septembre aux gelées, limitent les dégâts avant conservation de quelques semaines pour le kiwai et de plusieurs mois pour le kiwi.