L’avertissement de David Attenborough aux jardiniers : pourquoi épargner cette mauvaise herbe qui pique cet été

En plein été, beaucoup de jardiniers passent leurs soirées à arracher la moindre pousse qui dépasse, surtout celle qui pique. Pelouse bien nette, massifs impeccables, allées sans un brin d’herbe : toute plante vue comme « mauvaise herbe » file au tas de déchets verts. Or plusieurs spécialistes de la nature avertissent qu’un jardin trop propre finit par tourner le dos à la vie sauvage.

Il s’agit de Sir David Attenborough, 100 ans, voix emblématique de nombreux documentaires sur la vie sauvage et président de l’association britannique Butterfly Conservation depuis 1998. Après des décennies passées à observer la faune, il a lancé un avertissement aux jardiniers qui prévoient de désherber cet été, en les invitant à réfléchir à deux fois avant d’arracher certaines herbes. Son message : un coin de jardin que l’on croit négligé peut devenir un refuge décisif pour des papillons déjà fragilisés.

L’avertissement de David Attenborough

Dans un entretien rapporté par le Telegraph et le site Express, le vétéran de la télévision a ciblé une plante en particulier : les orties. David Attenborough a encouragé les jardiniers à « cultiver des orties » pour aider les papillons, au lieu de les arracher systématiquement. L’article résume son conseil ainsi : si vous avez un grand coin d’orties dans un emplacement ensoleillé du jardin, ne les arrachez pas, car elles servent de garde-manger à plusieurs espèces.

Cette insistance repose sur un constat chiffré. Selon les données du programme britannique UK Butterfly Monitoring Scheme, « les chiffres montrent que 33 des 59 espèces du pays ont diminué depuis 1976 », d’après un rapport de la BBC cité par Express. Le dérèglement climatique et la pollution sont pointés comme deux causes majeures de ce déclin, qui touche surtout les espèces les plus spécialisées. Dans ce contexte, chaque petit habitat favorable aux chenilles compte, y compris une bordure d’orties derrière le cabanon.

Orties et papillons

Les orties gardent une mauvaise réputation car elles piquent et envahissent vite, mais pour la faune ce sont de véritables immeubles à insectes. Le Scottish Wildlife Trust explique que « des invertébrés tels que les chenilles, les coccinelles et les pucerons sont protégés entre les poils urticants des feuilles contre les animaux qui broutent, comme les moutons et les bovins ». En attirant ces petits habitants, les orties nourrissent aussi crapauds, hérissons ou oiseaux de sous-bois qui viennent y chasser.

Les spécialistes de la conservation rappellent aussi que certaines espèces de papillons dépendent directement des orties pour se reproduire. Selon les informations relayées par Express, « certaines espèces de papillons et de mites dépendent fortement des touffes d’orties pour les stades larvaires et la reproduction de leur cycle de vie ». Les femelles pondent leurs œufs sur les jeunes feuilles, où les chenilles trouveront aussitôt de quoi se nourrir. Pour maximiser leurs chances, mieux vaut donc réserver aux orties un coin bien ensoleillé plutôt qu’un recoin sombre où les papillons viendront rarement.

Garder des orties

Pour un jardinier, l’enjeu est de profiter de ces bienfaits sans laisser les orties tout envahir. Des associations comme la Royal Horticultural Society conseillent de leur réserver une petite zone dédiée – bande derrière une haie ou fond du terrain – en gardant les abords des terrasses et du potager bien entretenus. Des coupes régulières au ras du sol, avant que les tiges ne grainent, limitent leur extension sans recourir aux herbicides.

Le Natural History Museum conseille aux jardiniers de « réduire le désherbage » et de garder quelques zones sauvages. Avant d’arracher une tige d’ortie, un coup d’œil pour vérifier la présence d’œufs ou de chenilles suffit à mettre en pratique le message de David Attenborough.