Depuis près de vingt ans, voir un buis jaunit et crissant sous les toiles et les crottes vertes est devenu le cauchemar de nombreux jardiniers. La teigne du buis, aussi appelée pyrale du buis (Cydalima perspectalis), a défolié en quelques semaines bordures sages et vieux topiaires. Étés après étés, certains ont inspecté chaque branche, écrasé des centaines de chenilles, puis renoncé et arraché tous leurs buis.
Introduit en Europe à partir de 2007 via le commerce de buis ornementaux, ce papillon venu d’Asie a trouvé des plantes omniprésentes et presque aucun ennemi naturel. En Europe centrale, les spécialistes décrivent deux à trois générations par an, parfois quatre lors d’années très chaudes, ce qui laisse peu de répit entre deux vagues de chenilles. Sans surveillance ni traitement, un buis peut se retrouver nu en quelques semaines. Depuis peu, dans de nombreux jardins, les dégâts semblent pourtant un peu moins systématiques.
Teigne du buis : vingt ans de dégâts et un tournant en 2026
Au début de l’invasion, la réponse a surtout consisté à traiter sans relâche. Les jardiniers ont adopté les pulvérisations à base de Bacillus thuringiensis subsp. kurstaki ou aizawai, des bactéries qui arrêtent l’alimentation des chenilles en quelques heures et les tuent en quelques jours, tout en restant utilisables en agriculture biologique. À chaque nouvelle génération de pyrale, il fallait recommencer en mouillant jusqu’au cœur des buis. Beaucoup ont aussi tenté le ramassage manuel, la taille des rameaux infestés, voire les insecticides chimiques, au prix d’une vigilance constante.
Les nématodes entomopathogènes, en particulier Steinernema carpocapsae appliqués en arrosage, sont venus compléter cet arsenal. Ils agissent bien uniquement par temps assez doux, au-dessus d’environ 12 °C, et en ambiance humide, avec deux passages espacés d’une semaine, car ce sont des organismes vivants fragiles. Cette lutte intense a permis de sauver beaucoup de haies, mais en a aussi découragé plus d’un. Les relevés récents et les essais menés sur le ravageur indiquent pourtant que le rapport de forces commence à s’inverser.
Prédateurs naturels et biocontrôles : les nouvelles options contre la teigne du buis
Les premiers alliés inattendus sont venus du ciel. Des études récentes montrent que les oiseaux insectivores, comme les mésanges, les moineaux ou les rougegorges, se sont habitués à consommer les chenilles de teigne du buis, malgré les toxines du buis. Dans certains secteurs, cette prédation s’accompagne déjà d’une baisse des dégâts sur les haies. Pour encourager ce coup de main, les spécialistes conseillent des nichoirs, des haies variées, un point d’eau et l’abandon des insecticides à large spectre.
Du côté des biocontrôles, plusieurs solutions nouvelles redonnent enfin de l’air aux propriétaires. Les trichogrammes Tricholine buxus, minuscules guêpes parasitoïdes, détruisent les œufs de pyrale dans la haie et atteignent jusqu’à environ 90 % d’efficacité quand les cartes sont bien positionnées. L’auxiliaire Chrysoperla lucasina, sélectionné par l’INRAE, complète ce dispositif. Des diffuseurs de phéromones comme Ginko Buxus ou Box T Pro perturbent en parallèle l’accouplement, tandis que des produits expérimentaux à base d’excréments de chenilles réduisent d’environ 75 % la ponte en laboratoire.
Plan d’action simple pour profiter de ces nouvelles armes au jardin
Pour le jardinier amateur, l’objectif n’est pas de multiplier les interventions, mais de s’appuyer sur ces avancées pour bâtir un plan simple. Les pièges à phéromones de type BUXatrap ou pièges entonnoir, qui attirent les mâles grâce à un leurre imitant l’odeur des femelles, servent de fil conducteur : ils indiquent quand les vols de papillons démarrent vraiment.
Concrètement, les spécialistes recommandent de commencer les inspections en mars, puis d’installer les pièges dès les premiers beaux jours et de prévoir une pulvérisation de Bacillus thuringiensis une dizaine de jours après un pic de captures, quand les jeunes chenilles éclosent. En automne, une taille légère et, si besoin, un passage de nématodes contribuent à casser le cycle hivernant de la teigne du buis.