Mettre des feuilles de laurier dans le compost : à quoi ça sert et pourquoi c’est recommandé

Un tas de compost bien mené avale sans broncher les épluchures de cuisine, les fleurs fanées, les tontes de gazon. Depuis le 1er janvier 2024, le tri des biodéchets est obligatoire, et beaucoup de jardiniers regardent désormais leurs sacs de tailles de haies avec un autre œil. Que faire, par exemple, de toutes ces feuilles de laurier coriaces qui s’accumulent au jardin ?

Autour de ces déchets épais, les rumeurs vont bon train : certains parlent de cyanure, d’autres assurent que ces feuilles ne se décomposent jamais, et quelques guides les déconseillent tout simplement. La confusion vient aussi du mot laurier, qui désigne à la fois l’aromatique du pot-au-feu et les grands arbustes de haie. En réalité, ces feuilles peuvent rejoindre le compost, mais à des conditions bien précises. Tout se joue dans la texture de la feuille et dans la façon de l’utiliser.

Feuilles de laurier et compost : de quelles plantes parle-t-on vraiment ?

Quand on parle de feuilles de laurier au compost, il faut distinguer plusieurs plantes. Le laurier-sauce (Laurus nobilis) est le petit arbre méditerranéen aux feuilles aromatiques, souvent cultivé en pot ou près de la cuisine. Le laurier palme, ou laurier-cerise (Prunus laurocerasus), forme au contraire de grandes haies opaques aux feuilles épaisses et luisantes. À côté, le laurier-rose est encore une autre espèce, qui n’est pas concernée par les conseils de cet article.

Le cas le plus discuté reste celui du laurier palme. Ses feuilles persistantes sont épaisses, recouvertes d’une cuticule cireuse qui freine la dégradation, et elles contiennent des hétérosides cyanogénétiques qui peuvent libérer de la prulaurasine puis du cyanure d’hydrogène en cas d’ingestion. Les centres antipoisons rappellent que la plante est toxique si on la mange, surtout pour les enfants et les animaux, mais cette toxicité ne suffit pas à interdire son passage au composteur.

Pourquoi mettre des feuilles de laurier dans le compost peut aider votre tas à mieux se décomposer

Pour comprendre l’intérêt des feuilles de laurier, il faut se rappeler comment fonctionne un tas de compost. Les guides de compostage parlent d’équilibre entre matières vertes, riches en azote et humides (épluchures, tontes fraîches), et matières brunes, plus sèches et riches en carbone (feuilles mortes, brindilles, carton). Sans assez de matière brune, le tas se tasse, manque d’air et finit par fermenter en dégageant des odeurs désagréables.

Les tailles de laurier palme, une fois broyées, entrent justement dans la catégorie des déchets structurants. Elles ne se tassent pas, laissent des interstices qui permettent à l’air de circuler et absorbent une partie de l’humidité des biodéchets de cuisine. Les pousses de l’année, riches en cellulose et pauvres en lignine, finissent par se décomposer et enrichir le mélange, à condition de ne pas en faire la base presque unique du tas.

Comment composter les feuilles de laurier sans risque : bons gestes et limites à respecter

Les feuilles de laurier posent pourtant un vrai défi : leur cuticule cireuse et, pour beaucoup d’espèces persistantes, leurs tanins freinent nettement le travail des micro-organismes. Si on les met entières en couche épaisse, on les retrouve presque intactes au moment de tamiser le compost, et le processus global se ralentit. Les collectivités qui accompagnent le compostage domestique conseillent alors de les préparer et de les doser avec soin.

Concrètement, quelques réflexes suffisent pour bien les intégrer :

  • Broyer ou déchiqueter les feuilles très finement avant de les ajouter.
  • Les incorporer en fines couches, jamais en tapis épais ni en gros paquets.
  • Les mélanger avec beaucoup de déchets de cuisine et de tontes fraîches, plus faciles à composter.
  • Retourner le tas quand une quantité importante de feuilles coriaces a été ajoutée, pour garder une bonne aération.

Dans un compost aéré, les composés du laurier palme se dégradent vite et le cyanure ne s’accumule pas dans le sol. Le problème vient d’un excès : pour une taille de haie, mieux vaut envoyer le surplus au paillage ou à la déchèterie.