Un petit hérisson qui traverse une pelouse en pleine nuit fait souvent sourire. Derrière cette scène se cache pourtant une réalité fragile : le hérisson d’Europe recule, au point d’être désormais classé « quasi menacé » sur la liste rouge de l’UICN. Face à la fragmentation des jardins et à la dangerosité des routes, plusieurs communes normandes misent sur une idée simple pour l’aider à circuler et à survivre.
C’est le principe de l’opération Piqu’en Ville, un hérisson dans mon jardin, portée par le Groupe Mammalogique Normand. En reconnectant les jardins privés et les espaces verts grâce à de petits passages dans les clôtures, ce programme transforme peu à peu les quartiers en véritables couloirs de vie. Reste une question que beaucoup se posent : votre jardin est-il compatible avec cette démarche ?
Piqu’en Ville : pourquoi les hérissons ont besoin de vos jardins
Le hérisson d’Europe a besoin d’un domaine vital de plusieurs hectares par individu et parcourt de 1 à 4 kilomètres chaque nuit pour trouver de la nourriture, des abris et des partenaires, sans se faire écraser. Il rend aussi service au potager en consommant insectes et limaces. Mais jardins clôturés de murs pleins, grillages hermétiques et circulation routière coupent ses trajets et provoquent chaque année la mort de centaines de milliers d’animaux en Europe.
Né du programme Piqu’Caen, Piqu’en Ville s’est depuis étendu à l’échelle régionale. L’idée est de créer des passages pour la petite faune sauvage de 15 centimètres dans les murs et clôtures, afin de sécuriser les déplacements pour se nourrir, s’abriter et se reproduire. Ce maillage compose une sorte de trame verte urbaine. Chaque ouverture suppose la coopération de plusieurs propriétaires, ce qui ancre le projet dans la vie de quartier et encourage aussi les bonnes pratiques au jardin : moins de produits chimiques, plus de refuges naturels.
Jardin compatible Piqu’en Ville : les points à vérifier chez vous
Un simple trou dans une clôture ne suffit pas à parler de jardin compatible Piqu’en Ville. D’abord, observez vos limites : murs maçonnés, grillages tendus au ras du sol, portails pleins… Un hérisson ne pourra pas circuler si tout est fermé. L’opération préconise un passage d’environ 15 centimètres de côté ou de diamètre, ménagé en bas de clôture, avec accord du voisin lorsque la limite est mitoyenne, et donnant si possible sur un autre jardin ou un espace vert, pas directement sur une route.
Ensuite, regardez comment vous gérez votre coin de verdure au quotidien. Un hérisson a besoin de coins où se cacher, de nourriture naturelle et d’un minimum de tranquillité nocturne. Pour faire un test express, posez-vous ces questions :
- Des passages de 15 cm sont-ils possibles dans vos clôtures ?
- Utilisez-vous encore des pesticides ou désherbants chimiques ?
- Avez-vous des tas de feuilles, de bois ou des haies denses ?
- Vos bassins ou piscines sont-ils sécurisés contre la noyade ?
- Votre jardin reste-t-il assez sombre la nuit ?
- Pouvez-vous facilement en parler avec vos voisins ?
Si vous répondez oui à la majorité de ces points, votre jardin est déjà un excellent candidat pour accueillir un passage à hérisson et rejoindre le réseau.
Comment rejoindre Piqu’en Ville ou s’inspirer du programme
Selon le Groupe Mammalogique Normand, le réseau Piqu’en Ville regroupe aujourd’hui 39 communes, 939 jardins privés et espaces publics, 720 passages créés ou valorisés et 815 propriétés connectées. Un suivi par pièges photo montre que, sur 84 passages suivis entre 2022 et 2026, 81 % sont utilisés par le hérisson d’Europe et que 11 autres espèces y circulent aussi. Au Havre et à Montivilliers, plusieurs passages ont déjà été réalisés dans des parcs et jardins publics, et les habitants sont désormais sollicités pour prolonger ces corridors chez eux.
Concrètement, si vous possédez un jardin en Normandie et que vous souhaitez participer, vous pouvez vous signaler auprès de votre commune via un formulaire en ligne avec vos coordonnées, l’adresse du jardin, des photos et le type de clôture. Votre demande est transmise au Groupe Mammalogique Normand, qui vérifie la compatibilité de votre terrain. Si vous habitez une autre commune, rien n’empêche de proposer cette démarche à votre mairie, de soutenir le programme par un don ou de vous en inspirer pour créer, chez vous aussi, un petit corridor sûr pour les hérissons.