Au Jardin des Plantes d’Angers, il se promène comme d’autres dans un parc d’attractions. Une branche en main, il jette un coup d’œil, caresse les feuilles, repère les fruits, puis lâche son verdict avec assurance. À seulement 18 ans, Clément Couppey affirme reconnaître près de 2 500 végétaux au premier regard et se prépare à affronter l’élite de la filière lors d’un concours très sélectif.
Étudiant à l’École supérieure des agricultures d’Angers (ESA), originaire de Cherbourg-en-Cotentin, ce passionné a décroché le titre de champion 2025 des Pays de la Loire de reconnaissance des végétaux. Il a ainsi gagné son ticket pour la finale du Concours national de reconnaissance des végétaux, organisée à Terra Botanica les 1er et 2 octobre 2025. Derrière ce palmarès, un parcours intime et opiniâtre intrigue.
Clément Couppey, d’un refuge normand aux bancs de l’ESA Angers
Enfant, Clément a grandi à Cherbourg-en-Cotentin, dans « une petite maison de type HLM » au sein d’un cadre familial qu’il décrit comme « pas exceptionnel ». Il confie : « Je vivais dans une petite maison de type HLM et le cadre familial n’était pas exceptionnel, alors j’allais dans les jardins et foires aux plantes pour m’enfuir. C’était un refuge, pour se vider la tête ». C’est là que s’est installée, presque en silence, sa passion des plantes.
Très vite, cette passion a pris une tournure étonnante. À 13 ans, il donnait déjà des cours de jardinage à des adultes. Un an plus tard, il rencontre sa petite amie et surtout son grand-père, qui se disait champion de reconnaissance des végétaux. « Moi, je voulais l’impressionner avec mes connaissances, mais ça a foiré, parce que c’était quand même une mine de savoirs », raconte Clément. Il accepte alors de devenir son élève : ensemble, ils arpentent les jardins, le mentor lui transmet « toutes les astuces » pour différencier les espèces en observant le feuillage, le sens de la pousse, le bois, les fruits et les fleurs.
Un concours national très sélectif pour les amoureux des plantes
Le concours auquel il participe est organisé au niveau national par l’interprofession VALHOR, avec l’Unep – Les entreprises du paysage, la fédération VERDIR et la DGER du Ministère de l’Agriculture. En 2025, les sélections régionales ont réuni 975 apprenants et 50 professionnels dans 12 régions ; 58 apprenants et 30 pros ont été retenus pour la grande finale à Terra Botanica. Clément a terminé premier en Pays de la Loire, en catégorie « Productions horticoles niveau 5 », ce qui lui a ouvert les portes d’Angers.
L’épreuve finale repose sur une idée simple en apparence : mettre un nom précis sur des plantes disposées sur des tables. « On a 40 secondes par plante pour la reconnaître, écrire son nom latin, sa famille, son nom vernaculaire, ses caractéristiques comme le sol, la luminosité, ses utilisations, ses tailles ou encore les maladies qu’elle risque », détaille l’étudiant. Officiellement, les finalistes disposent de 60 à 90 minutes pour passer entre 20 et 40 végétaux, selon leur niveau, ce qui crée une vraie pression de temps.
- Nom latin et famille botanique
- Nom vernaculaire ou nom commun
- Type de sol et exposition à privilégier
- Usages possibles (ornement, haie, bac, etc.)
- Hauteur et largeur probables à maturité
- Maladies et risques principaux
Une mémoire des végétaux impressionnante, malgré la “bête noire” des conifères
Sur le terrain, Clément déroule une méthode bien rodée. « Là par exemple, on voit que les feuilles sont érigées vers le haut, donc on peut imaginer quelque chose de buissonnant », commente-t-il en saisissant une branche. « On remarque aussi les petits fruits, donc c’est une azalée japonaise, qui sera très belle au printemps ». À l’aise avec les plantes exotiques, il reconnaît quand même ses faiblesses : les conifères, qu’il qualifie de « bêtes noires » tant ils se ressemblent les uns les autres.
Pour enrichir encore ses connaissances, l’étudiant suit sa formation à l’ESA en alternance dans une pépinière en Normandie. Devenir champion de France serait, dit-il, un atout majeur pour sa carrière : « C’est un concours prestigieux et dur à préparer, il est connu dans toute la filière des pépinières et de l’horticulture et il ouvre toutes les portes ». Avant la finale, il glissait aussi, avec un sourire : « Je joue à domicile, ça va me porter chance ! ». Même s’il n’a pas été primé à Terra Botanica en 2025, son niveau de reconnaissance des végétaux a marqué les professionnels ; son ancien refuge est devenu un vrai passeport pour la filière du végétal.