Pourquoi laisser pousser vos « mauvaises herbes » est le meilleur moyen d’aider les abeilles cet été
Vous passez du temps à arracher pissenlits et trèfles pour garder une pelouse impeccable ? Dans le même temps, partout sur la planète, les abeilles s’effondrent : fragmentation des habitats, pesticides, réchauffement, tout se cumule. Nos jardins privés représentent pourtant des milliers d’hectares de verdure en France, mais souvent réduits à un tapis de gazon ras qui semble propre… et vide de vie.
Or ces insectes assurent une part énorme de notre alimentation : d’après l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, environ 75 % des cultures vivrières dépendent de la pollinisation par les animaux, dont les abeilles, pour produire fruits, légumes et graines. Leur contribution économique mondiale se chiffre à 150 milliards d’euros par an. Au cœur de cet enjeu planétaire, un geste très simple émerge dans le jardin : laisser pousser les mauvaises herbes.
Abeilles en danger : quand la pelouse parfaite devient un désert
Depuis les années 1990, les populations de pollinisateurs ont chuté de manière alarmante, sous l’effet conjugué de la perte d’habitats, de l’agriculture intensive et du changement climatique. L’expansion des pelouses parfaitement tondues, pauvres en fleurs indigènes, prive abeilles et papillons de nourriture en ville comme en banlieue. Même le papillon monarque de l’Ouest américain est tombé à 9 119 individus en 2024, l’un des plus bas niveaux jamais enregistrés.
Dans ce contexte, chaque jardin devient une pièce d’un puzzle plus vaste. « Jardins, arrière-cours, jardins communautaires, cours d’école, parcs, nous avons cette incroyable mosaïque d’espaces verts éparpillés à travers le pays qui peuvent aider à ramener l’habitat dans nos quartiers et communautés, » dit Matthew Shepherd, directeur de la sensibilisation et de l’éducation pour la Xerces Society for Invertebrate Conservation à Portland, Oregon, cité par BBC Future. Encore faut-il cesser de transformer ces morceaux en moquette verte uniformisée.
Mauvaises herbes : un garde-manger et un abri pour les abeilles
Trèfle blanc, pissenlit, pâquerette, ortie, plantain… Ces plantes spontanées que l’on traite d’herbes folles produisent nectar et pollen à des moments où la plupart des massifs d’ornement sont au repos. Une étude menée au Royaume‑Uni en 2016 a montré qu’augmenter simplement la proportion de trèfle blanc dans les pelouses accroît fortement la quantité de nectar disponible pour les pollinisateurs. Les orties, elles, peuvent nourrir plus de 40 espèces d’insectes sur leur aire indigène en Europe et en Afrique du Nord.
Pourtant, l’enjeu ne se limite pas à la nourriture. « Il y a un nouvel engouement pour soutenir le cycle annuel complet des insectes, » dit Desirée Narango, biologiste de la conservation au Vermont Center for Ecostudies, Vermont, citée par BBC Future. Elle souligne que ces animaux ont besoin à la fois de fleurs, mais aussi de lieux pour se reproduire et hiverner. Or entre 75 et 80 % des abeilles sauvages nichent dans le sol : elles recherchent des zones de terre nue, des talus peu travaillés, des tiges creuses et des tas de feuilles où passer l’hiver.
Négligence organisée : comment laisser pousser sans tout abandonner
Concrètement, il ne s’agit pas de tout laisser à l’abandon mais de relâcher la pression. Comme le résume la chercheuse Susannah Lerman : « La majorité des abeilles nichent sous terre, donc laisser des zones de sol nu ou non paillé [sans couverture de compost, de litière de feuilles ou de copeaux de bois pour supprimer les mauvaises herbes ou retenir l’humidité] est important, » dit Lerman. Moins de passages de tondeuse et quelques bandes de sol nu autour des arbres suffisent déjà à changer la donne.
Des écologues rappellent pourtant que laisser tout pousser peut favoriser quelques plantes très envahissantes qui étouffent la diversité. Mieux vaut choisir : un coin d’orties, de trèfle ou de pissenlits, quelques tas de feuilles, et le reste du jardin entretenu. Pour les abeilles, ce compromis devient un vrai refuge.